Le mouvement des marées était, en Corée, des plus curieux. Sur la côte nord-est, la mer ne montait et ne descendait que d’un pied à peine. Sur la côte ouest, la différence contre le flux et le reflux atteignait soixante pieds.

La Corée ne possédait pas de flotte marchande pour le commerce extérieur. Les navires indigènes ne quittaient pas les côtes, où les étrangers, pour leur part, n’abordaient jamais. Cette politique d’isolement était immémoriale en Corée. Une fois seulement, tous les dix ou vingt ans, arrivaient des Ambassadeurs chinois. Non par eau, mais par terre, en contournant la Mer Jaune à travers le pays des Hong-du, et en descendant la Route du Mandarin jusqu’à Keijo. Leur voyage, aller et retour, durait un an. Le but de leur visite était d’exiger, de l’Empereur coréen, l’accomplissement de la cérémonie fictive de son ancienne vassalité à la Chine.

Hendrik Hamel ne s’endormait pas, cependant, dans les délices de Capoue. Il se préparait à agir, et ses projets se précisaient de jour en jour. A défaut des nouvelles Indes que nous n’avions pas trouvées, il se rabattait sur la Corée. Il n’eut pas de fin, tout d’abord, que je ne fusse nommé amiral de toute la flottille des jonques coréennes. Puis il s’informa sans fard, près de moi, des arcanes secrets qui enfermaient le Trésor Impérial. Dès lors, j’étais fixé.

Je ne tenais nullement, pour ma part, à quitter la Corée, à moins que ce ne fût en compagnie de Lady Om. Je m’ouvris à elle, à ce sujet. Elle me répondit, en me pressant avec passion entre ses bras, que j’étais son roi et que, partout où j’irais, elle me suivrait.

CHAPITRE XVIII
« MAINTENANT, Ô MON ROI ! »

Le Grand Prêtre Yunsan avait commis une faute impardonnable en laissant vivre Chong-Mong-ju. Une faute ! En réalité, il n’avait pas osé agir autrement.

Disgracié et banni de la Cour, Chong-Mong-ju, tout en paraissant cuver son dépit sur la côte nord-est, avait sourdement intrigué et maintenu sa popularité intacte près du clergé provincial. Des prêtres bouddhistes lui servaient, en majeure partie, d’émissaires. Ils n’arrêtaient pas de circuler par tout le pays, en gagnant à sa cause tous les fonctionnaires impériaux, et avaient obtenu d’eux, en sa faveur, un serment d’obéissance. Yunsan n’ignorait pas ce qui se tramait dans l’ombre, mais, là non plus, il n’osait agir.

L’Asiatique excelle, avec sa froide patience, à ces conspirations vastes et compliquées. Au sein même du Palais Impérial, le parti de Chong-Mong-ju croissait au delà de ce que Yunsan pouvait seulement supposer. Les gardes du Palais, les fameux Chasseurs-de-Tigres que commandait Kim, furent eux-mêmes achetés.

Et, tandis que Yunsan saluait de la tête les gens prosternés à ses pieds ; tandis que je me consacrais paisiblement à Lady Om et aux sports ; tandis qu’Hendrik Hamel perfectionnait ses plans de fuite et de mise à sac du Trésor Impérial ; tandis que Johannes Maartens mijotait ses projets mirifiques, parmi les tombes de la Montagne de Tabong, le volcan que chauffait, sous nos pieds, Chong-Mong-ju ne nous donnait presque aucun signe visible de sa prochaine éruption.

Seigneur ! Seigneur ! Lorsque la tempête se déchaîna, ce fut quelque chose de vraiment terrible ! Elle partit, à la fois, de tous côtés. Sauve qui peut ! Et tout le monde ne fut pas sauvé. Ce fut Johannes Maartens qui précipita, en fait, la catastrophe et fit éclater la conspiration avant l’heure fixée par Chong-Mong-ju. Mais il lui fournit d’agir une si belle occasion que celui-ci eût été bien sot de n’en pas profiter.