Kim eut les os broyés, un par un, et les jointures démises, l’une après l’autre, par de savants tortionnaires, et fut, lui aussi, très long à mourir.
Hendrik Hamel, que Chong-Mong-ju pensa bien être le cerveau qui avait agi pour moi, fut battu à mort, aux clameurs joyeuses de la populace de Keijo.
Le Grand Prêtre Yunsan mourut courageusement et sa fin fut digne de lui. Il était occupé à jouer aux échecs, avec son geôlier, quand le messager de l’Empereur, ou plutôt de Chong-Mong-ju, se présenta devant lui, porteur d’une coupe de poison. Yunsan le pria d’attendre un instant.
— Vous avez, dit-il, des façons peu courtoises, et l’on ne dérange pas un homme au beau milieu d’une partie d’échecs. Je boirai dès que j’aurai terminé.
Le messager attendit, tandis que Yunsan achevait et gagnait sa partie, puis vidait la coupe.
Il faut être un Asiatique pour savoir comment on dose son fiel et comment on assouvit sa vengeance, avec persistance et régularité, durant toute une vie. C’est ce que fit Chong-Mong-ju, avec Lady Om et avec moi.
Il ne nous supprima point. Il ne nous fit même pas emprisonner. Mais tandis que Lady Om était déchue de son rang et dépossédée de tous ses biens, un Décret Impérial fut promulgué et affiché dans le moindre village de l’Empire coréen, pour apprendre aux populations que j’appartenais à la Maison de Koryu et qu’en conséquence je ne devais pas être tué, par personne. Les huit matelots survivants, mes esclaves, ne devaient pas être tués, eux non plus. Comme moi et comme Lady Om, ils demeureraient, toute leur vie, des mendiants sur les grandes routes.
Ainsi fut-il, quarante ans durant, car la haine de Chong-Mong-ju était immortelle, et la fatalité voulut qu’il vécût de longs et heureux jours, tandis que nous traînions tous notre existence maudite.
J’ai dit déjà que Lady Om était une femme admirable. Je ne dois pas me lasser de le répéter, et les mots me font défaut pour pouvoir exprimer toute la vénération que je lui porte. J’ai ouï dire, quelque part, qu’une grande dame avait déclaré un jour à son amant : « Une simple tente et une croûte de pain avec vous ! » Voilà aussi ce que me dit Lady Om. Et elle ne le dit point seulement, elle le fit. Avec cette aggravation que, bien souvent, les croûtes de pain étaient rares et que, pour tente, nous n’avions rien que le ciel.
Tous les efforts que je tentai pour échapper à la mendicité furent déjoués par la haine tenace de Chong-Mong-ju. A Song-do, je me fis porteur de combustibles et nous partageâmes, à nous deux, une hutte, qui, contre les morsures de l’hiver, était à peine plus confortable que la pleine route. Chong-Mong-ju nous y dénicha. Je fus battu, mis au carcan, et rejeté de nouveau sur la route. Ce fut un hiver horrible, effroyablement froid, au cours duquel le pauvre Vandervoot, « Et quoi encore ? », gela à mort, dans les rues de Keijo.