Les gens qui étaient présents pouvaient bien, en effet, me regarder. Ils étaient de petite race, tous ces Juifs, petits d’os et de muscles, et n’avaient jamais vu d’hommes blonds, comme j’étais.

Tout le long des ruelles étroites, ils s’écartaient sur mon passage, puis s’arrêtaient, les yeux écarquillés, en fixant cet être fauve, venu du Nord et de Dieu sait où.

Presque tous les soldats dont disposait Pilate étaient des Auxiliaires. Il n’y avait qu’une poignée de Romains, à pied, qui gardaient le palais du Proconsul, et vingt Cavaliers, dont j’étais le capitaine. Les Auxiliaires n’étaient point de mauvais soldats, mais il pouvait ne pas être sûr de se fier entièrement à eux. D’une façon générale, je trouvai qu’eux et les Romains étaient des guerriers plus réguliers que nous autres, hommes du Nord, qui étions braves quand le cœur nous en disait, mais dont la bravoure tombait aussi facilement, au gré de notre caprice.

Il y avait une femme de la Cour d’Hérode qui était liée d’amitié avec l’épouse de Pilate. Je la vis chez celui-ci, le soir même de mon arrivée. Nous l’appellerons Miriam, car c’est sous ce nom que je l’ai aimée. Elle possédait ce charme particulier, spécial à chaque femme, qui est autre que la beauté, et que l’on ne peut décrire. Elle me plaisait, avant toute chose, et je devenais ainsi le collaborateur de son charme. Dès que je l’aperçus, tout mon être s’élança vers elle, les bras grands ouverts.

Il y avait en elle quelque chose de sublime. Je n’exagère pas, et c’est avec intention que j’emploie ce mot. Son corps superbe dépassait en taille, de beaucoup, la moyenne de la femme juive. Tout, en elle, était aristocratique, la caste à laquelle elle appartenait, aussi bien que ses gestes et son maintien. Son beau visage ovale était fortement ambré, son opulente chevelure était noire, avec des reflets bleus, et ses deux yeux étaient semblables à deux puits sombres. Il était impossible de trouver dans la création un homme blond et une femme brune, aussi marqués de types que nous l’étions l’un et l’autre. Et, dans sa poitrine, palpitait un cœur passionné.

Dès le premier abord, nous vibrâmes à l’unisson. Il n’y eut pas en nous de lutte intérieure, ni d’hésitation ou d’attente. Elle sut aussitôt que j’étais à elle, comme je connus qu’elle était à moi.

Je m’avançai vers elle. Miriam se redressa à demi, sur le divan où elle était étendue, comme si un aimant l’avait attirée vers moi. Nos yeux se croisèrent, prunelles bleues dans prunelles noires, et ne se quittèrent plus, jusqu’au moment où l’épouse de Pilate, une femme sèche, raide et fanée, nous sépara, d’un rire nerveux.

Tandis que je m’inclinais, avec respect, devant l’illustre compagnie, je crus voir Pilate lancer à l’adresse de Miriam un coup d’œil entendu, qui semblait dire :

— N’est-il pas tel que je vous l’ai promis ?

Car je connaissais Pilate d’assez longue date, et nous avions conversé ensemble, bien avant qu’il fût envoyé en Judée, sur le volcan juif de Jérusalem.