L’affaire s’expliquait sans peine. Je savais, comme tous les détenus de San Quentin, que les deux hommes en cellule solitaire étaient Ed. Morrell et Jake Oppenheimer. C’étaient ces mêmes hommes qui conversaient ensemble, en cognant du doigt contre le mur, et, pour cela, ils étaient punis.
Leur code alphabétique devait être fort simple, il n’y avait pas à en douter. Et pourtant il n’avait pour moi aucun sens. J’usai, pour le déchiffrer, de nombreuses heures et combien de vains efforts. Quand j’en eus trouvé la clef, il me parut enfantin, et plus simple encore l’artifice employé par eux des coups frappés, qui m’avait d’abord tout déconcerté. A chaque conversation, ils changeaient la lettre de début de leur alphabet, ce qui le modifiait. Souvent, en pleine conversation, ils opéraient cette mutation.
C’est ainsi qu’il vint un jour où je saisis leur alphabet, à l’initiale exacte, et où j’écoutai et compris deux phrases très claires. La fois suivante, je ne pus déchiffrer un seul mot.
Oh ! cette première fois !
— Dis, Ed… que donnerais-tu maintenant pour papier brun et paquet Bull Durham ? demandait celui qui donnait les coups les plus éloignés.
Je faillis crier tout haut ma joie. J’avais autour de moi de la société ! Et il existait un moyen de communiquer avec elle !
Avidement, mon oreille se tendit et les autres coups, plus proches, que je devinais provenir d’Ed. Morrell, répondaient :
— Je ferais volontiers vingt heures de suite dans la camisole pour un tout petit paquet.
Puis vint le grognement du gardien, qui l’interrompit par ces mots :
— Assez ! Morrell !