L’heure n’était pas éloignée, cependant, où je pénétrerais ce mystère qui me tourmentait, où je connaîtrais comment je devais agir, pour voir et savoir. Je vous conterai cela tout à l’heure…

Le gouverneur Atherton et le capitaine Jamie en furent la cause première, et voici comment.

Sans doute avaient-ils éprouvé une recrudescence de panique, à la pensée de la dynamite qu’ils croyaient toujours fermement avoir été cachée. Bref, je les vis reparaître, certain jour, dans mon obscure cellule, et ils me signifièrent sans ambages qu’il fallait parler ou que, sinon, je serais mis en camisole jusqu’à ce que j’en meure. Ils ajoutèrent qu’ils agissaient ainsi parce que tel était leur bon plaisir et qu’officiellement ils ne courraient pas le moindre risque du plus léger blâme. Ma mort serait inscrite sur les registres de la prison, comme due à des causes naturelles, et leurs chefs diraient : Amen.

O vous, mes chers concitoyens, qui vous dorlotez dans le coton, il faut me croire, je vous prie, quand je vous affirme que l’on tue des hommes dans les prisons aujourd’hui comme il a toujours été fait depuis que les prisons existent !

Je n’ignorais pas ce qu’était la camisole et tout ce que ce mot contenait d’effroi, de souffrance et d’agonie. J’avais vu les plus robustes y être mis à bas, certains d’entre eux y être estropiés pour la vie, et ceux mêmes dont la sève physique avait résisté, jusque-là, aux atteintes de la tuberculose dépérir ensuite, et mourir en six mois, de cette même tuberculose.

J’ai connu Wilson, dit l’Homme-aux-yeux-de-travers, qui était sujet à des faiblesses de cœur et qui, au bout d’une heure seulement, mourut dans la camisole, tandis que le stupide médecin de la prison l’observait en souriant. J’en ai connu un autre qui, après une demi-heure, avoua tout ce qu’on voulait lui faire dire, le faux comme le vrai, ce qui lui valut estime et confiance et, durant des années, toutes les faveurs qui s’ensuivirent.

Enfin, j’ai ma propre expérience. Tandis que j’écris ces lignes, près d’un millier de cicatrices marquent mon corps. Elles me suivront à la potence. Et si je devais vivre encore cent ans, cent ans je les conserverais, sans qu’elles s’effacent.

O mes concitoyens, ô vous qui tolérez tous ces chiens pendeurs, vous qui les payez et leur permettez de lacer en votre nom des malheureux dans la camisole de force, laissez-moi vous expliquer un peu de quoi il s’agit, car vous l’ignorez sans doute. Alors vous comprendrez comment, à force de souffrances, je me suis, vivant, enfui de cette vie et, devenu maître de l’espace et du temps, j’ai pu m’envoler hors des murs de ma géhenne, jusqu’aux étoiles.

Vous avez déjà vu, je suppose, de ces bâches en grosse toile ou en caoutchouc, dont les bords sont garnis de solides œillets de cuivre ? Imaginez, avec ses œillets, une de ces toiles, longue de quatre pieds et demi environ. Sa largeur n’atteint pas entièrement le tour complet d’un corps humain, dont l’étoffe suit à peu près le dessin. C’est ainsi qu’elle est plus large aux épaules et au bassin, plus étroite à la taille et aux jambes.

Cette toile est étendue par terre. L’homme qui doit être puni, ou torturé pour qu’il avoue, reçoit l’ordre de s’allonger dessus, le visage contre terre. S’il refuse, on le frappe. Alors, il s’exécute.