Durant des heures, j’échafaudais, à son intention, des plans et des variétés nouvelles de tortures. Celle qui me plaisait davantage était cette vieille farce qui consiste à lier au corps d’un homme, bien appliquée contre lui, une gamelle de fer dans laquelle on a préalablement mis un rat. Le rat n’a d’autre ressource que de se trouer lentement une issue à travers le corps de l’homme.

Vive Dieu ! comme je me délectais de cette pensée ! J’en étais devenu incroyablement amoureux. Jusqu’au jour où je réfléchis que ce supplice était trop aimable et trop rapide. Après de longues réflexions, je jugeai préférable de pratiquer sur Cecil Winwood une autre bonne farce, bien supérieure, et que les Maures ont, paraît-il, inventée…

Mais en voilà assez sur ce chapitre, et je me suis promis de n’en pas dire davantage sur les vengeances que je mijotais envers le gredin, dans l’affolement de mes souffrances.

CHAPITRE IX
VOULOIR MOURIR

C’est que la chose n’est point facile, de maîtriser la douleur corporelle par la seule force de l’esprit, de maintenir le cerveau à tel point serein qu’il oublie complètement la plainte atroce et le sanglot des nerfs torturés. J’appris à souffrir passivement, comme sans doute tous ceux qui ont passé par les étapes graduées de la camisole de force.

Une nuit, alors que je venais d’être relevé de cent heures de camisole, j’entendis tapoter. C’était Morrell qui me parlait.

— Où en es-tu ? me demandait-il. Tiens-tu toujours ?

J’étais plus faible que jamais et, quoique mon corps ne fût plus, tout entier, qu’une masse misérable et meurtrie, je me rendais compte à peine que j’avais un corps.

Je frappai, en réponse :

— Il me semble que je suis fini. Ils auront ma peau, s’ils continuent ainsi.