A midi, Laban revint d’une seconde patrouille. Il avait vu une nouvelle troupe d’Indiens, qui arrivait du sud. On cherchait à nous encercler. A ce même moment, nous découvrîmes une douzaine d’hommes blancs qui galopaient sur leurs chevaux, sur la crête d’une petite colline pas trop éloignée, d’où ils nous dominaient et nous observaient.
— L’explication, la voilà ! dit à mi-voix Laban à mon père, en montrant leur groupe de la main. Ce sont eux qui ont poussé les Indiens contre nous.
Pendant ce colloque, j’entendais à ma gauche Abby Foxwell, qui disait à ma mère :
— Ce sont des blancs comme nous… Pourquoi ne viennent-ils pas à notre secours ?
Je me redressai et, bravant la gifle que je savais m’être destinée par ma mère, je rétorquai :
— Ce ne sont pas des blancs ! Ce sont des Mormons !
La journée s’écoula sans autre incident.
Lorsque la nuit fut tout à fait tombée et l’obscurité bien noire, trois de nos jeunes gens quittèrent le camp. Je les vis partir. C’étaient Will Aden, Abel Milliken et Timothée Grant.
— Je les ai envoyés à Cedar City pour demander du secours, dit mon père à ma mère, tout en absorbant rapidement quelques bouchées pour son souper.
Ma mère hocha la tête.