— Les Mormons, dit-elle, ne manquent pas autour du campement. Ils ne nous apportent aucune aide, ni ne nous adressent aucun signe d’amitié. Ceux de Cedar City n’en feront pas plus.

Mon père observa :

— Il y a de bons et de méchants Mormons…

— Jusqu’ici, interrompit ma mère, nous n’en avons jamais trouvé de bons !

Je n’entendis plus parler, le lendemain matin, de nos trois messagers. Mais je ne tardai pas alors à connaître ce qui s’était passé. Tout le camp en était atterré.

Les trois hommes avaient à peine parcouru quelques milles qu’ils furent entourés et défiés par les blancs. Will Aden éleva la voix et déclara qu’ils appartenaient à la compagnie Fancher, qu’ils allaient à Cedar City pour demander du secours. Il fut aussitôt abattu d’un coup de fusil. Milliken et Grant tournèrent bride et revinrent, au galop, apporter la nouvelle.

Elle enlevait à nos cœurs tout espoir. C’étaient bien les hommes blancs qui avaient poussé sur nous les Indiens. Le pire des périls, que nous redoutions depuis si longtemps, fondait sur nous.

Sur ces entrefaites, quelques-uns d’entre nous, ayant quitté l’abri des chariots, allèrent à la source pour y chercher de l’eau. Les balles crépitèrent autour d’eux. La source n’était pas éloignée de plus de cent pieds. Mais le chemin qui y conduisait était sous le feu des Indiens, qui s’étaient terrés à portée, de chaque côté du ravin. Ce n’étaient pas, heureusement, de fameux tireurs, et les nôtres rapportèrent l’eau sans avoir été touchés.

Nous étions tous installés dans la fosse et, habitués comme nous l’étions aux rudesses de l’existence, nous nous y trouvions assez confortablement. Il va de soi que ce n’était pas gai pour les familles de ceux qui avaient été tués, ou blessés, et il fallait soigner ceux-ci.

Toujours poussé par mon insatiable curiosité, je m’écartai subrepticement des jupes de ma mère et m’arrangeai pour ne rien perdre de ce qui se passait.