Des hommes étaient occupés, dans un endroit de la grande fosse, à creuser un trou. Neuf cadavres, sept d’hommes et deux de femmes, y furent ensemble ensevelis. Seule, Mrs. Hastings, lorsqu’on recouvrit les corps, exprima bruyamment son chagrin. Elle avait perdu son mari et son père. Elle pleurait et se lamentait, avec de grands cris. Les autres femmes furent longues à pouvoir la calmer.

Assemblés vers l’est, sur une colline basse, où on les distinguait facilement, les Indiens continuaient à palabrer et à discuter, en un brouhaha formidable. Mais, à l’exception d’un coup de fusil qu’ils tiraient sur nous, de temps autre, ils n’attaquaient pas.

Laban brûlait de connaître ce qui se passait, disait-il, dans la cervelle de ces bêtes vicieuses.

— Ne peuvent-ils, s’exclamait-il, décider ce qu’ils doivent faire et le faire ?

La chaleur fut intense, au cours de l’après-midi, dans notre fosse. Le soleil dardait sur nous ses rayons, dans un ciel sans nuages, et pas un souffle de vent ! Les hommes, allongés avec leurs fusils, dans la tranchée creusée sous les chariots, étaient en partie abrités. Mais dans la fosse, où s’entassaient plus de cent femmes et enfants, et qui était exposée au plein soleil, la température était terrible. Des vélums, faits de couvertures étendues sur des piquets, avaient été dressés au-dessus des blessés. On grouillait et suffoquait, et sans cesse je cherchais quelque prétexte pour aller rejoindre les hommes sous les chariots, pour porter fièrement à mon père quelque message.

Nous avions incontestablement commis une faute grave, quand, en formant le cercle de nos chariots, nous n’y avions pas enclos la source. La cause en était dans l’affolement qui avait suivi la première attaque des Indiens, dans l’ignorance où nous étions si elle n’allait pas être aussitôt suivie d’une seconde.

Maintenant il était trop tard. Exposés comme nous l’étions au feu de l’ennemi, posté sur sa colline, nous ne pouvions risquer de déchaîner nos chariots et de les pousser plus loin. Mon père ordonna à deux hommes de fouiller le sol, dans notre enceinte même, et d’y creuser un puits. Des latrines y furent également aménagées.

Vers la fin de l’après-midi, nous revîmes Lee. Il était à pied et traversait, en diagonale, la prairie située au nord-ouest de notre camp. Il se tenait juste hors de la portée d’un coup de nos fusils.

A sa vue, mon père prit un des draps de ma mère, l’attacha à deux aiguillons, liés ensemble pour en faire une hampe plus solide, et hissa le tout en l’air, comme drapeau blanc. Mais Lee n’y prit pas garde et poursuivit son chemin.

Laban voulait qu’on tentât de tirer sur lui un coup de fusil à longue portée. Mon père s’y opposa. Les blancs, dit-il, n’ont pas encore décidé de notre sort, et un coup de fusil sur Lee pourrait faire pencher aussitôt, du mauvais côté, la balance indécise.