Puis, s’adressant à moi, après avoir déchiré une bande dans le drap et l’avoir attachée à un aiguillon :
— Tu vas, Jesse, aller vers lui. Prends ceci pour ta sauvegarde. Essaie de le joindre et de lui parler. Ne fais aucune réflexion sur ce qui est arrivé. Tâche seulement de lui persuader de venir vers nous, pour causer.
Ma poitrine se gonfla d’orgueil, à l’idée de la mission qui m’était confiée. Comme je me disposais à obéir sans retard, Jed Durham cria qu’il voulait m’accompagner. Il avait à peu près mon âge.
— Durham, demanda mon père au père de l’enfant, autorisez-vous votre fils à suivre Jesse ? Il vaut mieux qu’ils soient deux. Ils s’empêcheront l’un l’autre de commettre des imprudences.
Durham acquiesça, et c’est ainsi que Jed et moi, deux gosses de neuf ans, sortîmes du camp sous la protection du drapeau blanc, que nous brandissions.
Mais Lee refusait de parler. Quand il nous vit arriver en courant, il déguerpit aussitôt. Nous ne pûmes même pas arriver assez près de lui pour qu’il pût nous entendre. Il disparut soudain, après s’être caché sans doute derrière quelque broussaille. Vainement nos yeux le cherchèrent, quoique nous sussions bien qu’il n’avait pas pu s’évanouir.
Nous nous obstinâmes. On ne nous avait pas dit combien de temps nous devions être absents et, comme d’autre part les Indiens tiraient sur nous, nous continuâmes, Jed et moi, à avancer. Nous battîmes consciencieusement les buissons, sur une assez grande distance, et ne rentrâmes au camp qu’au bout de deux heures. Si l’un de nous deux avait été seul, il l’eût fait en quatre fois moins de temps. Mais une émulation mutuelle excitait notre zèle et notre bravoure.
Notre témérité ne fut pas cependant sans profit. Tout en marchant avec notre drapeau blanc, nous découvrîmes que notre campement était assiégé de tous côtés. A un demi-mille au sud, nous aperçûmes un grand camp d’Indiens. Nous pouvions voir sur une proche prairie, les jeunes gens s’exercer à courir à fond de train, montés sur leurs chevaux. Les Indiens qui nous avaient attaqués étaient toujours campés sur leur colline basse, du côté de l’est.
Contournant leur position, nous réussîmes à escalader, sans être vus, une autre colline qui la dominait. Jed et moi, nous passâmes une demi-heure à tenter de les dénombrer. Nous conclûmes, très approximativement, qu’ils devaient être au moins deux cents. Nous constatâmes aussi que des blancs étaient parmi eux et que la discussion était très animée.
Ce n’était pas tout. Vers le nord-est, à une distance minime, était un camp de blancs, dissimulé par un repli du terrain. A proximité, cinquante à soixante chevaux de selle tondaient l’herbe. Un peu plus vers le nord, s’avançait un petit nuage de cavaliers, qui approchaient fort vite et qui piquaient droit vers le camp des blancs.