Lorsque nous fûmes de retour au campement, la première chose qui m’advint fut une gifle, que m’administra ma mère, pour me punir d’être resté si longtemps éloigné. Mais mon père nous louangea fort, Jed et moi, lorsqu’il eut entendu notre rapport.

— Nous ferions bien, capitaine, dit à mon père Aaron Cochrane, de nous préparer dès maintenant à une attaque. Le cavalier aperçu par les enfants était sans doute un messager, qui apportait des ordres supérieurs. C’est en l’attendant que blancs et Indiens palabraient sans rien tenter. Ce qui est du moins certain, c’est que nos ennemis ne ménagent pas la viande de leurs montures.

Au bout d’une demi-heure, rien ne bougeant toujours, Laban partit à la découverte, sous la garde du drapeau blanc qui nous avait déjà servi, à Jed et à moi. Mais il ne s’était point éloigné de vingt pas que les Indiens ouvraient le feu sur lui et le contraignaient à rebrousser chemin.

Comme le soleil allait disparaître à l’horizon, je me trouvais dans la grande fosse, à garder le bébé, tandis que ma mère étendait des couvertures sur le sol, pour préparer un lit. Toute la caravane était littéralement empilée. Tellement que tout le monde, la nuit précédente, n’avait pas trouvé place pour s’étendre. Plusieurs femmes avaient dû dormir assises, leur tête retombée sur leurs genoux.

Tout à côté de moi, me secouant le bras ou me donnant un coup sur l’épaule de temps à autre, Silas Dunlap était mourant. Il avait été atteint à la tête, lors de la première attaque, et, toute cette journée, il avait déliré, en divaguant et en chantant. Sans cesse, à en donner à ma mère des crises de nerfs, il fredonnait :

« Le premier petit Diable disait au second petit Diable :

« Donne-moi du tabac de ta tabatière ! »

Le second petit Diable ripostait au premier petit Diable :

« Épargne tes sous, mon frère,

« Et toujours auras tabac dans ta tabatière ! »