A quelque temps de là, le concours fut ouvert. On y vint de toutes les provinces de l’Inde. Le prince Tanore présidait. Et, près de son trône, était assise sa sœur Gandour dont la beauté était si parfaite que les regards ne pouvaient s’en détacher.
Le premier candidat qui fut désigné s’appelait Baduc. C’était un ancien combattant de la guerre contre les Mongols. Il s’y était couvert de gloire, ayant abattu cent ennemis de sa main. Revenu dans son village, il travaillait de son métier de vannier et nourrissait sa mère infirme et son vieux père aveugle.
Une acclamation immense apprit au tresseur de joncs qu’il était l’homme le plus brave et le plus vertueux du royaume. Le prince Tanore voulut lui remettre lui-même le diplôme, puis le ministre Samar dit à Baduc :
— Maintenant, ô le plus fortuné des sujets de notre prince, selon la coutume des Samnites, devenue loi de Kimourloc, choisis pour épouse, parmi toutes les filles de ce pays qui ne sont pas encore engagées dans les liens du mariage, celle qui te plaira le mieux.
Alors, Baduc, tournant un œil étonné (car il avait perdu l’autre à la bataille), vers le roi et son ministre, demanda :
— C’est-il sérieux ?
Tanore et Samar, d’un signe grave de la tête, l’assurèrent que oui. Et Baduc qui, depuis le commencement de la cérémonie, n’avait pas, de son œil unique, cessé d’admirer la princesse Gandour, tendit la main vers elle et s’écria :
— Celle que je choisis pour ma femme, la voici !
A ces mots, la belle Gandour s’évanouit, tandis que l’indignation et la colère empourpraient le front royal de Tanore. Sa première idée fut d’envoyer l’audacieux au supplice. Cependant le peuple saluait Tanore, Gandour et Baduc de mille cris d’allégresse.
— Seigneur, dit tout bas le ministre Samar, il y aura moyen d’arranger tout cela. Les lois fondamentales interdisent le mariage des personnes de votre sang divin avec des êtres de race impure. Nous pouvons aussi faire disparaître l’insolent Baduc avant la célébration du mariage.