— Qu’espérez-vous de moi ? lui dit Gandour avec hauteur.
— Que vous soyez ma femme, répondit Baduc.
— Y compteriez-vous, par hasard ? fit encore la princesse avec une moue de dédain.
A ces mots, la timidité de Baduc fit place à la fureur. Il saisit Gandour par les poignets en la regardant terriblement de son œil unique. Mais elle eut un sourire si méprisant que le pauvre Baduc lâcha prise.
Cette nuit-là, Gandour alla dormir auprès de sa nourrice, tandis que Baduc, qui se morfondait sur un sofa, commençait à penser qu’il avait commis une sottise en épousant la sœur du roi. Et quand le jour fut venu, les eunuques, ayant su par la nourrice tout ce qui était arrivé, se rendirent auprès de Baduc. Ils le félicitèrent d’avoir tenu entre ses bras la plus belle de toutes les princesses et l’appelèrent le plus fortuné des mortels.
Baduc n’osa pas dire le contraire. Mais il passa la deuxième nuit de ses noces aussi tristement que la première. Car ayant bu, pour se donner du courage, beaucoup d’un vin délicieux qui lui avait été servi à la collation du soir, il tomba dans un sommeil profond.
Gandour, qui était allée danser avec le prince du Bengale, rentra fort tard. Quand elle vit en état d’ivresse celui qui était son mari sans l’être, elle appela sa nourrice et les eunuques. Ils coiffèrent Baduc d’un bonnet d’âne, comme il est d’usage à Kimourloc pour les hommes qui se livrent à l’ivrognerie.
Baduc, en se réveillant, eut honte de lui-même. Il se dit que la violence ne servait à rien avec les femmes et que mieux valait leur plaire. Mais il ne pouvait offrir à Gandour que son diplôme, un œil et de petits travaux de vannerie. Il se sentit découragé. Et quand le soleil descendit sur l’horizon, une crainte lui vint d’affronter encore la mine altière de Gandour. Il pensa à ses vieux parents, au village où il était honoré et heureux. Alors, discrètement, il se glissa le long de la terrasse, et s’enfuit dans l’ombre sans regarder derrière lui.
Le jeune homme vertueux auquel le jury avait décerné la seconde place était scribe chez un changeur. Il mérita le prix parce qu’il avait dénoncé un spéculateur chinois qui jouait contre la monnaie de l’Inde. Or, tout en comptant des roupies et des taëls, Yokim rêvait à ces êtres d’une essence supérieure qui composent des vers et rien ne lui semblait plus noble qu’un auteur. Aussi, lorsqu’il fut averti qu’il pouvait choisir entre toutes les vierges de Kimourloc, sauf la sœur du roi, déjà prise par Baduc, il s’écria sans hésiter :