Il dut également aller à la chasse, monter à cheval et connaître le langage des écuries, conduire une automobile et apprendre le mécanisme du moteur, jouer à des jeux de cartes qui étaient pour lui un casse-tête, entendre pendant quatre longues heures, dans un lieu appelé opéra, des chanteurs qui proféraient des paroles inintelligibles couvertes par une musique discordante, de sorte qu’elle ne permettait même pas de dormir.
Sakatlava commençait à penser que la vie serait supportable, n’étaient les distractions, lorsque Rébecca le jugea à point pour une dernière épreuve.
— Ce n’est pas tout de s’amuser, dit-elle un jour avec une secrète ironie. Les grandes fortunes ne se conservent que par les moyens qui les ont formées. Un homme très riche ne peut se dispenser d’être entendu aux affaires et habile en finance, sous peine d’une ruine rapide.
Alors le pêcheur dut s’initier aux mystères de l’argent, aligner des comptes, déchiffrer des bilans, fréquenter la Bourse, apprendre les reports et les déports, le ferme et les primes, s’exercer aux arbitrages, prévoir si le sucre baisserait et si le cuivre monterait, veiller sur les cours du blé à Calcutta et de la soie à Hong-Kong. Au bout de quelques semaines, il sentit que son cerveau éclatait et que ses nerfs étaient à bout.
Alors il se souvint qu’il était plus heureux, libre et pieds nus, quand, vêtu d’un simple caleçon de toile, il se chauffait au soleil sur les dalles du port et quand, après avoir vendu son poisson, il jouait aux dés avec ses camarades marins. Il prit en dégoût les servitudes de la fortune et souhaita de redevenir un pauvre pêcheur.
C’était le moment que Rébecca attendait. Elle lui donna quelques roupies qui le comblèrent de joie et pour lesquelles il la tint quitte de ses châteaux, de ses voitures, de ses domestiques, de ses amusements et de son hygiène, car il est aussi difficile de vivre dans l’opulence quand on a vécu dans la pauvreté que de s’accoutumer à la pauvreté quand on a connu la richesse.
Et voilà pour le troisième lauréat du concours institué par le prince Tanore. Quant au quatrième, c’était un agriculteur qui donnait l’exemple, devenu rare, de la fidélité à la vie des champs, de l’attachement aux anciennes coutumes et du respect des ancêtres, car c’était alors à qui déserterait la terre et renierait les traditions. Lorsque Rahadit fut invité à choisir son épouse parmi toutes les vierges du royaume, il dit simplement :
— Je ne veux point d’autre compagne que l’aimable Rahadita, à laquelle je suis promis depuis mon enfance.
Rahadita était de la même condition que Rahadit. Leurs fortunes étaient égales. Ils avaient été élevés dans les mêmes usages et selon les mêmes principes. C’est pourquoi, sans doute, ils furent parfaitement heureux et ne se séparèrent qu’à la mort.