Diane, dont la nature était noble, s’est repentie plus tard, comme d’une faute aussi contraire à la charité qu’à la bienséance, de la violence et de la fureur qui la saisirent alors. Mais elle n’était plus maîtresse d’elle-même.

— Madame, dit-elle à l’archiduchesse, celui qui aspire à votre main ne vous appartient pas. Il n’a abusé que de mon cœur. Mais c’est assez pour me donner des droits sur lui.

— Étrange insolence, murmura l’archiduchesse en regardant le prince décomposé. Ceci veut une explication.

Diane, à demi défaillante, se rendit compte à ce moment de l’énormité de son audace et du scandale de son inconvenance. Passant la main sur son front d’un air encore à demi égaré, elle retrouva l’attitude de son monde et la dignité de son rang. Esquissant une révérence, elle ajouta :

— Pardonnez-moi, madame. Je ne me contenais plus.

Elle se mit à la recherche de M. de Troismares, et, l’emmenant hors du palais Metternich où continuait la fête, elle dit au vieux gentilhomme étonné :

— Vous pourrez dormir tranquille cette nuit, mon père. Le mariage que vous vouliez empêcher ne se fera plus.

Le mariage ne se fit pas, en effet. L’archiduchesse Thérèse, le soir même, reprit sa parole au duc d’Orléans. Le lendemain du bal, elle assista encore avec l’archiduc Charles à un déjeuner où étaient invités les princes français. Mais sa froideur soudaine fut remarquée. On nota aussi qu’elle refusa de prendre part à l’excursion qui était organisée à Vœslau.

Quelques jours plus tard, le bruit se répandait à Vienne et parvenait jusqu’à Paris que les fiançailles étaient rompues. M. de Sainte-Aulaire se désolait, voyant sa carrière compromise. Thiers lui envoyait un courrier toutes les vingt-quatre heures. Et notre ambassadeur n’obtenait de Metternich que cette réponse :

— Madame l’archiduchesse est convaincue qu’elle serait tuée à la première émeute qui éclaterait à Paris. Elle ne s’est pas senti le courage de courir les périls auxquels la famille royale est exposée en France.