— Commission et exportation, précisa Grand-Gosse.

— Voici donc ce que vous allez faire au Nouveau-Journal, poursuivit Guillaumet. Si la combine vous intéresse, et je vous préviens qu’il y a gros, très gros à gagner.

— On dit toujours ça, hasarda Fred Matchless.

— Je te le prouverai quand tu le voudras, tu sais que je ne suis pas un enfant et que je n’ai pas, d’autre part, envie, le moins du monde, de retomber dans le trou. Mais, auparavant, laisse-moi achever. Il s’agit d’abord de créer un état d’esprit auprès de vos lecteurs. Je vois très bien la chose. D’abord une dépêche « de notre correspondant particulier », avec ce titre Du pétrole dans le Sud-Ouest. Effectivement, il y en a. Vous envoyez un de vos rédacteurs — un garçon sûr — faire un grand reportage à l’endroit où la nappe a été repérée.

— L’enfance de l’art, acquiesça Chauvert.

— Les articles font sensation. D’adroites coupures sont reproduites par nos confrères de Paris et des départements. Puis, le silence : on laisse mijoter le plat quelque temps, histoire de lui donner du liant. C’est alors que tu interviens, toi, Chauvert.

— Je te voyais venir.

— Tu espaces habilement dans ton hebdomadaire les Indiscrétions parisiennes, quelques échos malveillants où tu mets en doute la réalité des gisements pétrolifères en question. Tu vas aussi fort que possible, de façon à attirer l’attention du public, mettant en cause nommément le député des Basses-Landes, dans la circonscription duquel se trouve la nappe en question. Il se pique au jeu et te répond. Nous publions sa lettre et l’affaire est amorcée. Le reste n’est plus rien : constitution de Société, création d’un budget de publicité, etc… etc… je m’en charge. Pour la part de chacun, cela sera à débattre entre nous quand vous voudrez…

— Mais y a-t-il réellement du pétrole ? interrompit Grand-Gosse.

— Tu en doutes ? D’abord on en trouve un peu partout en France, du pétrole… ensuite, dans cette région plus particulièrement.