Tel une précieuse bouture, Georges avait été mis à l’abri d’un coup de soleil sur la serre, et du moindre fléchissement du thermomètre. Maintenant, il est en plein air, il se sent vivace, à son midi. Il appelle la pluie, les grands vents et l’orage. L’indomptable volonté de Mme Aymeris, sans doutes quant à la valeur de ses opinions, a dirigé Georges, le force encore à travailler, développe des dons qu’elle n’analyse point, mais qu’elle devine; l’inquisitoriale surveillance qu’elle relâche à peine, ses rodomontades, ses emportements maternels, combien préférables, ces feux de paille, aux soupirs qui bombent le plastron blanc du grand avocat! Si Mme Aymeris boude, Georges enlace son cou, baise son front, la caresse et, comme effarouchée dans sa pudeur, maman repousse l’étreinte:
—Laisse-moi, grand niais! Prends ma main si tu veux!
Et Georges la saisit, la porte à sa bouche comme pour la dévorer. Pourquoi avec un père si aimé, jamais, dans une phrase, l’étincelle qui l’allume et l’éclaire?
M. Aymeris se lamentait, et disait, comme Georges de Jessie: Suis-je aimé? M’aime-t-il?
Georges s’était-il interrogé sur l’existence double de M. Aymeris, à Passy, et rue de la Ferme? Léon Maillac en doutait et cela le «tracassait».—Georges commence-t-il à imaginer quelque chose? Que lui aura-t-on dit? Il se demande si je me doute de ce que fut son enfance... Pauvre enfant!
L’âge et la respectabilité des «figures du Cabinet des Antiques» drapaient sur elles un manteau majestueux; comme Georges, les tantes Lili et Caroline estimaient tout naturel que, pendant les étés à Longreuil, M. Aymeris fût retenu par ses occupations, même durant les vacances qui vident Paris; et M. Aymeris prétendait que le soleil est plus «coquin» à la campagne, où l’avocat portait, comme à la ville, son chapeau de soie haut de forme et sa redingote à roulettes (c’est-à-dire jusqu’aux pieds).
En août, Mme Demaille avait jadis pris l’agréable coutume de s’installer dans le pavillon des Gonnard, une fois Gabriel parti pour Trouville avec son manège; et elle tenait compagnie à Me Aymeris. Moins qu’à cette séparation du père et de la mère, Georges repensait avec horreur à Ellen et à Jessie, fort anxieuses d’aller à Trouville pour d’inutiles emplettes, et rejoindre l’écuyer avec qui elles passaient sans doute la nuit. Georges comprenait, enfin, ses attentes de jadis, ses rendez-vous manqués avec les deux Anglaises, toujours en retard pour prendre le train de Pont-l’Evêque. Georges rentrait seul à Longreuil, elles y revenaient le lendemain; et c’étaient les tantes chuchotantes, soupirantes des phrases acerbes et des insinuations: tout ce dont Georges voudrait parler à son père, et combien de choses d’autrefois dont il tardait de l’entretenir. Inutile curiosité rétrospective!...