Les explications qu’on donne aux enfants—la plupart en demandent à propos de tout et se contentent des plus vagues—enrichissaient un dictionnaire dont les vocables continrent un sens provisoire, insuffisant pour l’intelligence de mon ami. Il fut exigeant au début, insista trop et, les réponses étant contradictoires, s’abstint de questionner, essaya de deviner, puisque les petits sont au centre d’un univers dont ils ne doivent rien savoir. Sans doute en était-il ainsi, dès que les pères ont un crêpe à leur chapeau et que les mamans rangent leurs bijoux dans les écrins. C’est maman qui paraissait pauvre, sans ses boucles d’oreilles et sa châtelaine d’or!

La maladie? un malade? Souvent Georges toussait; alors on le confinait au lit. Etait-ce là le signe de la maladie? Non! Georges voulut être un malade «pour de bon», comme Jacques. Par esprit d’imitation, il se plaignit, sans dire précisément de quoi... enfin les médecins lui tâteraient-ils le pouls? Si, de sa propre expérience, Georges pouvait enfin savoir «ce qui se passe» quand les parents changent de visage et parlent bas! Il se plaignit donc d’avoir mal au ventre, à droite, comme Jacques. Il irait peut-être au «Paradis où l’on est reçu par les anges». Il savait que les anges sont blancs et qu’ils ont des ailes. Mais le Paradis?... sa couleur?

Couché, Georges ne mourut point comme il le souhaitait; mais il languit, s’ennuya; il eut trop chaud sous ses couvertures, patienta, tels les pêcheurs à la ligne au bord du Lac, puisque le docteur Brun disait:

—Il est prudent d’attendre: rien encore ne se déclare. Il a seulement un peu de température. Je reviendrai demain.

Nulle fièvre ne se déclara. Bientôt Georges voulut reprendre ses expéditions au Bois de Boulogne, entre l’ancienne nourrice de sa sœur, Nou-Miette, et une Anglaise, la Miss Ellen, engagée par M. et Mme Aymeris dans le dessein d’alléger par sa jeune présence l’atmosphère devenue si lourde et si funèbre dans la maison.

On amena chez Georges de petits camarades avec lesquels «il ne savait quoi faire». Il leur eût donné ses joujoux et les tartines de son goûter; mais il s’essoufflait à suivre les courses folles des garçons.

Georges peignit à l’aquarelle sur de la toile à draps, qu’il clouait sur un châssis de sapin à la façon des tableaux à l’huile. On le conduisit au Louvre quand il pleuvait. Les salles égyptiennes eurent ses préférences. Assis sur un pliant qu’emportait la nourrice, il copia des momies et des sarcophages. Georges avait vu chez ses parents Mariette-bey, au milieu de savants et d’artistes, quand on le menait avec Jacques au salon, avant les fameux dîners du samedi.

On appela Georges le petit égyptologue. Les gardiens du Louvre entourèrent ce gamin studieux, flanqué de ses deux dames d’atour, le prirent pour un prince ou le fils d’un ambassadeur. Nounou et Miss Ellen refusèrent de livrer le nom de ce «génie en herbe».