Ici, de même qu'à Rome, les Anglais et les Américains promulguent leurs lois, implantent leurs coutumes; mais leur ténacité n'a pas encore, Dieu soit loué! construit des «palaces». Si on leur doit les bienfaits du net lit de cuivre et de la salle de bains, Avignon, enrichie par leurs visites de curieux, n'a rien perdu de son caractère. Dans le «hall» de «l'Europe» les rocking-chairs bercent de jeunes misses et de lourds touristes d'outre-mer, bâillant à côté de leur thé, ou cherchant des noms amis sur les listes de leur journal, le Herald. Des manteaux, blancs de poussière, des casquettes et des lunettes de chauffeurs jonchent les banquettes, et des mécaniciens discutent avec leur patron l'itinéraire de demain matin, l'heure du départ vers un autre lieu qu'il faudra, par acquit de conscience, avoir visité.

Le jardin des Doms.—Avignon, résidence des Papes! et pourquoi pas une fois encore? Le Rhône, plus grandiose que le Tibre, ce soir un lisse miroir où le Ventoux sommé d'une crête neigeuse, reflète le trapèze de sa silhouette, là-bas, au delà des plaines fécondes, roule, vide de barques, ses flots encore froids des glaciers alpestres. Au pied de la terrasse au cadre de pierre et de ses parterres cerclés de buis, ce fut sans doute la berge où s'amarrèrent les barques qui apportaient du nord l'hommage des fidèles au Saint-Père de la Chrétienté universelle. Des processions s'engageaient sous les arches à créneaux, poternes de l'enceinte fortifiée; les bannières et les cierges, montant par les ruelles, parvenaient au faîte de la ville, au Palais féodal et conventuel dont les pierres sont prêtes à redire l'écho des hymnes, des prières et des cloches. La soupe, le tambour et le clairon, les régiments trop longtemps casernés dans ce Vatican provençal, ne peuvent rien contre ces augustes parois; si des tourlourous y ont inscrit le nom de leur payse et la date de leur libération, qu'on les efface…

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APPENDICE

LE SALON DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS—1908

La Grande Revue, 10 mai 1908.

Il paraît que c'est un «bon Salon». Telle fut la première impression de ces Messieurs de la critique pendant que l'«on accrochait». Peut-être cette favorable opinion de nos juges est-elle due aux excès des milliers d'études de couleur et de systématique déformation, dont les autres Sociétés nous abreuvent. S'apercevraient-ils que, s'il est toujours rare de découvrir un réel don de coloriste ou de dessinateur—car la déformation ne devrait résulter que d'un sentiment inné de la forme, d'une vision individuelle des objets—il est deux mille cinq cent vingt-huit paires d'yeux à Paris, cinq cent mille à l'étranger, qui voient les couleurs à la mode, et autant de mains pour dessiner à la façon de Cézanne, de Lautrec ou de Matisse?

Le présent Salon de la Société Nationale? Il est «convenable», à l'instar des précédents. Il renferme une dizaine de bonnes toiles. On ne saurait s'attendre à plus.

En somme, que reproche-t-on à cette pauvre «Nationale»? Tous ceux de gauche y sont passés ou désirent d'y passer, à moins que de grandes expositions ne leur semblent inutiles ou qu'ils ne les dédaignent. Elles finissent toutes, d'ailleurs, par n'en être qu'une. Lui reproche-t-on sa monotonie à la Nationale? Non, elle se dénationalise, seulement.