Whistler, Charles Conder, Aubrey Beardsley, les artistes russes que M. de Diaghilew nous a fait connaître, resteront parmi ceux qui, dans la période d'avant 1914, ont modifié le goût.

J'ai tenu à montrer Charles Conder préparant les formules d'un style qu'exploitent et répandent aujourd'hui d'innombrables artistes-décorateurs pour lesquels mon ami reste un inconnu.

Je devais à la mémoire de cet initiateur, l'hommage de ces quelques lignes et j'inscris à dessein son nom avant celui de Beardsley, et afin de réparer une injustice.

Note de 1917: On doit se méfier, en relisant ces notes qui datent déjà, de déprécier des ouvrages qui charmèrent nos heures de paix. Aujourd'hui nous risquons d'être injustes envers les «élégances de la vie», qui occupèrent nos loisirs.

AUBREY BEARDSLEY[7]

[7] J'aurais voulu faire, à nouveau, un portrait d'Aubrey Beardsley pour qu'il rentrât dans le cadre de ce volume; mais le temps m'a fait défaut et je donne ici la préface, écrite en 1907, pour la traduction de Under the Hill que me demandèrent les éditeurs Arthur Herbert, Limited, de Bruges.

Préface à «Under the Hill».

Il fut peut-être sage de ne traduire pas plus tôt l'œuvrette que voici. Avant que la gloire ne vînt à Aubrey Beardsley, il ne fallait pas offrir au grand public, et privée de ses grâces originales, l'esquisse qu'est Sous la Colline, et qui vaut par le style peut-être plus que par la pensée. Qu'est-ce que l'auteur a prétendu dire? Qu'il reste pour moi l'artiste étrange, l'intelligence merveilleuse, l'enfant prodige que j'eus la joie de connaître pendant deux ans et qui m'a tant ébloui que je craindrais de le diminuer à mes propres yeux, en me livrant à l'analyse de mon plaisir!

Quelques-uns virent dans Under the Hill une manière de paraphrase à la Laforgue de Tannhäuser, spirituelle et légère, de ce caprice très britannique qui renouvelle les plus anciens sujets en les assaisonnant d'un piment moderne, en les dépaysant si l'on peut dire, ou mieux, en ne les situant pas. Le petit abbé Fanfreluche et la belle Hélène appartiennent à Beardsley, grand lecteur de Voltaire, et au XVIIIe siècle français.

Beardsley, dessinateur, eut une technique presque parfaite;—écrivain, il aurait peut-être atteint une égale perfection. Dans ce conte, il n'est encore qu'un amateur plein de projets et de recherches ambitieuses, mais un amateur à la veille de passer maître ouvrier.