—Alors Rousse a perdu la tête et d'un coup de poing il a jeté à terre le collecteur.
Les soldats l'ont saisi, les paysans ont voulu le défendre et...
Pierre ne put achever: le collecteur qui, de loin, attendait l'issue de la lutte, jugeant le moment opportun de se montrer, tourna la haie derrière laquelle il se cachait, et s'avança vers Riquet obséquieusement, l'échine courbée.
—Monsieur le baron, j'ai fait mon devoir, dit-il, ne faut-il pas qu'ils payent. Ces gens, si on les écoutait, seraient toujours sans pain.
—Pourquoi n'avez-vous pas obéi à mes ordres, monsieur, demanda Riquet sévèrement; il m'est revenu, depuis longtemps et de tous côtés, que vous accomplissiez vos fonctions avec rudesse; je vous ai déjà fait avertir, vous n'avez tenu aucun compte de mes observations; aujourd'hui la mesure est comble, je vous renvoie de l'administration. Allez, monsieur, vous ne faites plus partie des gabelles.
—Mais, monsieur le baron, daignez m'écouter, s'écria le collecteur humblement.
Riquet, sans paraître l'entendre, se tourna vers le groupe des prisonniers et des blessés qui, sombres, immobiles, assistaient à cette scène, attendant qu'on disposât d'eux.
—Qui vous a poussés à cette rébellion, demanda-t-il, à cette attaque contre les soldats du roi? Ne pouviez-vous vous plaindre à moi de mes agents? Voyons, parlez, répondez donc, l'un de vous!
Jean Rousse, tout sanglant, se souleva: