CHAPITRE QUATORZIÈME

La rébellion que Riquet avait calmée par de sages paroles ne se renouvela ni à Mont-Maur, ni à Mont-Ferrand; mais à Béziers, à Carcassonne, à Narbonne, à Toulouse même, il fallut employer la rigueur pour vaincre la révolte, et apaiser les mutins par la multiplicité des supplices.

Que de malheureux furent branchés pour avoir osé demander, les armes à la main, le droit de vivre, eux et leurs familles, du produit de leur travail, sans être écrasés d'impôts de toutes sortes! Les travaux du canal n'en furent pas néanmoins interrompus un jour; Riquet sut toujours maintenir parmi son peuple d'ouvriers la plus grande discipline.

Il les payait bien, sans qu'ils attendissent une heure le salaire promis; aussi pouvait-il compter sur eux.

La construction du réservoir de Saint-Fériol avançait, les rigoles étaient achevées et, dès le commencement de 1670, une partie du canal vers la Garonne fut terminée.

Riquet y fit mettre immédiatement l'eau et s'en servit pour le transport des matériaux.

L'ingénieur du roi, envoyé par Colbert pour surveiller Riquet, M. de la Feuille, était arrivé depuis longtemps: il avait visité avec le chevalier de Clerville et Riquet tous les travaux achevés ou en voie d'exécution, et n'avait eu que des éloges à adresser à Riquet.