Un peu froid, d'abord, dans ses relations avec le créateur du canal, surveillant chaque entreprise de très près, il s'était bientôt convaincu que non seulement Riquet voulait construire solidement son canal, mais encore qu'il cherchait avec passion les améliorations utiles à y introduire. M. de la Feuille fit alors un voyage en Hollande pour se bien pénétrer des procédés de ce peuple passé maître en fait de travaux hydrauliques, et étudier sur place leur système pour désensabler les ports. Lorsqu'il revint en France, il écrivit à Colbert: «que les écluses de Riquet étaient parfaites et qu'il était étonnant qu'un homme étranger aux sciences qui forment les ingénieurs habiles, n'ayant pour lui que l'enthousiasme d'une idée, ait pu arriver à entreprendre et réussir des travaux aussi difficiles.»

Riquet menait alors de front la construction du port de Cette, les travaux depuis Trèbes jusqu'à l'étang de Thau et le bassin de Saint-Fériol.

Il était absorbé, toujours en courses.

Il rencontrait rarement, depuis quelque temps, Andréossy qui était chargé du bassin, mais, chaque fois qu'il le voyait, il lui trouvait un air singulier.

Andréossy évitait son regard, son approche, et sous le prétexte des chefs d'ateliers à surveiller, il refusait constamment de s'asseoir à la table de Riquet à laquelle celui-ci le conviait, comme autrefois, avec cordialité.

Une semblable conduite étonna d'abord Riquet, puis elle le peina.

—Ce garçon a-t-il donc quelque chose à me reprocher? se demandait-il. N'est-il point content des conditions que je lui fais? Mais alors pourquoi ne le dit-il pas?

Il faudra que je l'interroge.

Un jour, en arrivant à Saint-Fériol, il fit demander le jeune ingénieur.

Pierre lui répondit qu'il était parti pour Toulouse depuis huit jours, laissant la surveillance à M. Roux.