Très étonné de ce voyage dont il n'avait pas été informé, Riquet demanda si on en savait le motif.
—Non, monsieur Riquet, dit Pierre; du reste, depuis quelque temps, M. Andréossy semblait fort inquiet; il s'informait, les jours de courrier, s'il n'y avait rien pour lui; cela datait du reste de son envoi au roi. Ne recevant ni lettre ni message, il est parti.
—Quel envoi au roi? fit Riquet. Je ne comprends pas; au roi, dis-tu, Pierre?
Tu le trompes, nous n'avions ici aucun envoi à faire à Sa Majesté.
—Pas vous, peut-être, monsieur, répondit Pierre, mais M. Andréossy sûrement avait quelque chose à lui faire parvenir. Il travaillait à son envoi depuis longtemps; le soir, la besogne de chaque jour terminée, je l'ai vu souvent dans son petit cabinet, fort avant dans la nuit, penché sur des plans auxquels il paraissait mettre toute son application.
Il y tenait fort, car il les fit graver, et lorsqu'il confia son envoi, qui formait un gros paquet, au messager, il le lui remit avec mille recommandations.
—Je ne comprends pas ce que ce peut être; enfin il m'expliquera cela, conclut Riquet un peu intrigué de cet envoi au roi, dont Andréossy lui avait fait un mystère.
Le chevalier de Clerville vint rejoindre Riquet à Saint-Fériol; il lui apportait, de la part du ministre, concession d'établir un certain nombre de moulins le long du canal, moulins qui devaient appartenir à Riquet et à ses descendants, pour le dédommager de grosses dépenses non prévues dans le cahier des charges, et qu'il avait acquittées de ses deniers.
—Vous me voyez outré de ce qui vous arrive, monsieur, dit-il à Riquet; cette action est d'une audace inconcevable! Je ne m'explique pas comment vous avez laissé partir ce paquet au roi; moi, je l'eusse arrêté et, sans plus me gêner, j'eusse mis à néant cette épître dédicatoire qui tend à vous faire prendre pour un imposteur.
—De quelle épître parlez-vous, monsieur le chevalier? demanda Riquet surpris.