Je ne voudrais pas être le pauvre diable qui passera sa vie perdu au milieu de ce bois, n'ayant pour compagnons que les oiseaux l'été, et peut-être les loups l'hiver.
Au XVIIe siècle, la solitude sévère, grandiose était traitée de sauvage; on ne pensait pas à admirer un arbre, un bois verdoyant ou doré par l'automne d'une couronne aux tons jaunissants, comme si le soleil avait laissé sur chaque feuille une parcelle de sa lumière.
On n'admirait pas davantage un beau coucher de soleil ou une échappée sur un horizon lointain: on n'aimait pas la nature, on ne la comprenait pas.
Tout au plus lui permettait-on d'exister à la condition d'être mutilée. Dans les jardins on taillait les arbres, on rognait les arbustes, on forçait les buis à représenter mille bêtes fantastiques, et on appelait cela embellir la nature. C'était lui donner des agréments à la façon des sauvages qui se percent le nez et les lèvres sous prétexte d'augmenter leurs charmes.
—N'en déplaise à monsieur le chevalier, ah! qu'il fera bon vivre là! murmura une voix à côté de Riquet.
Riquet regarda qui avait parlé.
C'était Pierre qui, appuyé à un arbre, venait ainsi d'exprimer involontairement sa pensée.
Riquet sourit, et, tandis que ses hôtes partaient en avant, pour rentrer à Saint-Fériol, il appela près de lui le compagnon de ses courses dans la montagne.
—Pierre, lui dit-il, tu trouves donc à ton gré la sauvagerie de ce coin de bois?
—Oui, répondit Pierre, j'aime cette solitude, ce silence, coupé par le doux murmure de la petite rivière ou le gazouillis de ces oiseaux qui chantent leur liberté et leur bonheur. On est plus près de Dieu ici, étant plus loin des hommes.