Et Riquet, faisant un geste d'amical adieu à son compagnon, rendit la main à son cheval et partit à la recherche de ses hôtes trop longtemps oubliés.
CHAPITRE SEIZIÈME
Les difficultés d'argent augmentaient tous les jours: Riquet était harcelé par l'intendant du Languedoc qui exigeait qu'il payât au trésor les redevances des gabelles.
Les États de Toulouse fournissaient aussi de l'argent, mais avec quelle peine on obtenait d'en toucher le montant. Cependant Riquet avait à ses ordres dix mille ouvriers qu'il devait payer chaque semaine, somme énorme à débourser, sans parler des outils, des fers, des matériaux de toutes sortes à acheter ou entretenir en bon état, et des chevaux nécessaires à l'entreprise.
Lorsque les sommes promises n'arrivaient pas à temps, Riquet empruntait à gros intérêts sur sa propriété, c'est-à-dire le canal même, et insensiblement sa dette augmentait sans remédier aux difficultés sans cesse renaissantes.
Deux ans s'étaient écoulés depuis la visite de M. de Seignelay, et Riquet avait entrepris la création du port de Cette et des deux jetées qui le ferment, telles qu'elles existent encore.
Tandis que le canal, achevé depuis Toulouse jusqu'à Trèbes, et livré au roi, se poursuivait dans sa seconde partie de Trèbes à l'étang de Thau par Béziers et Agde, lui, il construisait le port, et faisait établir une chaussée au milieu de l'étang pour le passage de ses ouvriers.