Cet étang de Thau était alors et est encore une petite mer intérieure d'une étendue de soixante kilomètres, qui n'est séparée de la Méditerranée que par une langue de dunes sablonneuses, sur lesquelles est bâtie la ville de Cette, et qui s'étendent depuis le cap de Cette jusqu'aux environs de la ville d'Agde.

Les barques ne pouvaient traverser l'étang qu'à la voile, souvent non sans danger à cause des vents violents qui le sillonnaient en tous sens.

Riquet avait d'abord pensé à laisser son canal à son entrée dans l'Hérault, près d'Agde, mais il voulut éviter les dangers d'une navigation sur l'étang, et il le continua directement jusqu'au port de Cette, à travers la dune, sur une longueur de sept cent cinquante toises (1500 mètres) et sur une largeur de vingt toises (40 mètres).

Il avait à lutter là, non seulement contre le manque d'argent, contre les mauvais vouloirs des hommes, mais encore contre les éléments.

En effet, presque chaque jour, l'œuvre de la veille était à recommencer.

Les terrassements sortaient à peine de terre qu'il survenait un ouragan qui, soulevant des montagnes de sables enlevés aux dunes voisines, les précipitait en tourbillons sur les ouvrages, et le lendemain il fallait dégager les fondations de cette fine poussière qui les ensevelissait. Mais rien ne décourageait ce vaillant; il allait lui-même, encourageant les travailleurs, ne se laissant rebuter par aucune mauvaise chance et disant:

—On triomphe de tout avec de la volonté et du courage.

Comme les dépenses nécessitées par la création de ce port étaient énormes, M. de la Feuille était venu surveiller et contrôler les devis et M. de Clerville faisait les plans et dessins des jetées.

Fréquemment avaient lieu des incursions de Marocains, qui se hasardaient sur les côtes de France et essayaient d'enlever les travailleurs pour les emmener en esclavage.

Riquet se rendait souvent dans les chantiers, montrant par sa présence qu'il ne fallait pas craindre ces forbans écumeurs de côtes.