—Je sais, messieurs, que je n'ai pas à me défendre en ce pays; mais qui sait ce que diront ceux qui ne peuvent pas juger de près de cette sécheresse terrible que nous subissons. Ils diront que mon bassin est mal construit, qu'il ne retient pas l'eau, que mes robinets ne s'ouvrent pas; que sais-je ce qu'ils inventeront?
Je suis persuadé que la calomnie qui s'attaquera à mon œuvre tombera d'elle-même devant sa grandeur; mais je crois néanmoins que voici une calamité qui peut prêter à la malveillance des armes puissantes. Ne pouvons-nous combattre ce fléau?
DIGUE DU RÉSERVOIR DE SAINT-FERRÉOL.
—Et comment serait-ce possible? firent ensemble les deux ingénieurs.
—N'importe, je veux aller moi-même aux sources, voir ce que nous pouvons faire, s'écria Riquet.
Alors, sans vouloir rien entendre, il décida son excursion dans la montagne, fit seller des chevaux et partit une heure après, accompagné par Pierre, Andréossy et suivi de quelques valets.
Il était excité, nerveux, fort pâle, les yeux creux, les dents serrées, il ne parlait pas. Il tourmentait la bride de son cheval et le poussait en avant comme s'il avait hâte d'arriver.
Andréossy, Pierre le regardaient d'un air surpris et inquiet.