CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

La convalescence de Riquet fut longue; l'impatience qu'il avait de surveiller ses travaux et l'immense comptabilité qui en ressortait empêchaient par une trop grande tension du système nerveux, ses forces de renaître.

Un jour que, malgré l'avis du médecin, il s'était fait apporter, auprès du fauteuil où le clouait sa faiblesse, ses papiers et ses comptes, son fils Jean-Mathias entra dans sa chambre et le voyant pâle, la sueur au front, il se permit de lui dire qu'il avait grand tort de ne pas vouloir écouter son médecin, qu'il retardait ainsi une guérison si ardemment attendue.

—Il faut que je fasse réponse à tout ceci, dit Riquet lui montrant une nombreuse correspondance à ses côtés. Depuis ma maladie tous les travaux languissent, rien ne se fait à mon gré, et personne ne pouvant prendre une décision, rien ne se termine.

—Ne puis-je vous aider, mon père? demanda le conseiller. Voyez la fatigue vous accable, et ces deux heures de travail vous ont brisé.

—Ah! comme je vieillis, fit Riquet, si je n'allais pas pouvoir achever mon œuvre, continua-t-il avec une tristesse navrante.

—Ne parlez pas ainsi, mon père, s'écria Jean-Mathias, vous êtes jeune encore, vous reprendrez vos forces, et votre vigueur d'il y a quelques mois.

—Ce serait bien cruel, vraiment, dit Riquet, absorbé dans son idée, sans répondre à son fils, si je ne voyais pas mon œuvre achevée: non, c'est impossible! qui s'en chargerait, si je n'étais plus là? fit-il avec véhémence.

Tout à coup il releva la tête, une espérance joyeuse animait ses traits qui prirent une expression de résolution.