Malgré la défense de son maître, Pierre fit part de ses craintes à Mathias de Bonrepos qui s'alarma et manda des médecins de Toulouse.
Lorsque ceux-ci sortirent de leur consultation, ils avaient la mine sombre, l'air soucieux, et ils ne cachèrent pas à Mme Riquet et à son fils la gravité de la maladie de Riquet.
—Il faudrait immédiatement cesser tout travail, éviter la moindre émotion, la plus petite préoccupation, dirent-ils; à ce prix, peut-être monsieur Riquet pourra-t-il recouvrer la santé.
—Éviter tout travail, est-ce possible? s'écria madame Riquet. Mon mari n'y consentira jamais.
—Nous suivrons vos instructions le mieux possible, dit Mathias, et les médecins partirent, secouant leurs perruques, promettant de revenir souvent, sans promettre en même temps une guérison prochaine.
Lorsque Mathias rentra dans la chambre de son père, il ne put lui cacher ses appréhensions, ses traits trahissaient malgré lui ses craintes et son chagrin.
Riquet s'aperçut de suite de cette altération, et les yeux rougis de sa femme le convainquirent qu'il ne se trompait pas.
—Ces médecins me trouvent donc bien malade? leur demanda-t-il. Pourquoi les avoir mandés? Vous voyez, vous voilà alarmés sans raison. Ne vous inquiétez pas, ma mie, dit-il à sa femme; je suis vieux, c'est vrai, usé par les chagrins que je viens de supporter; mais, avec l'aide de Dieu et vos bons soins, je durerai encore un peu; il faut que j'aille jusqu'à l'achèvement de mon œuvre: oh! cela, il le faut! Après, ma vieille compagne de route, vous laisserez votre mari s'en aller se reposer enfin de tout ce travail, acheva Riquet souriant, en serrant la main de sa femme qui refoulait à grand peine son émotion.
—Où en sommes-nous, Mathias? demanda Riquet, et malgré sa femme, malgré son fils, il se remit à travailler, prétendant que le travail seul l'empêchait de souffrir.