Ainsi s'éteignit cet homme de bien, cette volonté puissante, cette énergie que rien n'abattait.

Il avait trois millions; ne pouvait-il vivre heureux, tranquille, évitant les luttes, et jouissant en égoïste du luxe que devait lui procurer une fortune considérable pour l'époque; non, il préféra le bien de tous au sien propre, il travailla, lutta, vainquit les obstacles de la nature et ceux, plus difficiles à surmonter, que lui opposaient les hommes.

Il mourait pauvre, laissant deux millions de dettes; mais qu'importe de mourir riche et comblé de biens; ce qui est beau, ce qui est grand, c'est d'avoir été utile à sa patrie, c'est de laisser à ses enfants et à son pays le souvenir d'une belle vie et d'une œuvre utile et noble.


CHAPITRE VINGT ET UNIÈME

Riquet mourut le 1er octobre 1680.

Après tant de lettres cordiales échangées avec lui, Colbert, lorsqu'il apprit ce malheur, écrivit à M. d'Aguesseau:

«La mort du sieur Riquet me donne un peu de crainte que nos travaux du canal ne soyent retardés.»