La réussite de l'écluse, l'enthousiasme que la population Toulousaine semblait éprouver pour le canal, firent réfléchir messieurs des États, et, sur une nouvelle demande du gouverneur du Languedoc, ils accordèrent à Riquet une somme, énorme pour l'époque, de six cent mille livres et promirent de continuer leurs subsides, mais ne s'engageant pas réellement.
Riquet accueillit avec joie cette libéralité des États. Sa fortune personnelle, qui s'élevait à trois millions, à part quelques centaines de mille livres était engloutie. Il s'en préoccupait peu, cependant, ainsi qu'il ressort d'une lettre à Colbert. Le 26 juin 1669, il écrivait au ministre:
«Mon entreprise est le plus cher de mes enfants; j'y regarde la gloire, votre satisfaction, et non pas le profit. Je souhaite de laisser de l'honneur à mes enfants, et je n'affecte point de leur laisser de grands biens.»
Paroles touchantes dans leur noble simplicité.
AUTOGRAPHE DE RIQUET.
La ferme des gabelles qu'il tenait de l'état faisait face pour le moment aux grosses dépenses; mais même avec les énormes bénéfices qu'il en retirait, tous affectés en totalité aux travaux du canal, Riquet redevait encore au trésor près de deux cent mille livres.
Colbert, qui aimait avant tout la régularité dans les comptes, le pressait de s'acquitter, et lui faisait dire qu'il ne comprenait ni n'admettait ce retard.
Malgré le soutien moral que Riquet obtenait de tous les gens éclairés, son entreprise suscitait des jalousies nombreuses parmi les ingénieurs, les financiers, et de la colère ou du mépris chez les gens peu instruits qui, n'ayant aucun intérêt direct dans l'entreprise du canal, ne comprenaient pas ou ne se souciaient point du bien qui en sortirait pour la masse de la population.