D'autre part l'impôt des gabelles avait doublé depuis quelques années, et le Languedoc, qui était un pays de petite gabelle, avait été élevé par un édit royal au rang de pays de grande gabelle, c'est-à-dire avait été admis à payer le double de ce qu'il donnait auparavant.

Un mécontentement sourd grandissait de jour en jour dans la province.

La misère était profonde, elle rendait injustes et aveugles tous les pauvres gens.

Peut-on raisonner bien droit quand il n'y a pas de pain dans la chaumière?

Riquet, avec son grand cœur et son esprit élevé, se rendait parfaitement compte de ces symptômes de révolte, mais il cherchait en vain un remède à ce mal.

Il fallait achever son œuvre, c'est-à-dire de l'argent.

D'ailleurs les gabelles n'eussent-elles pas été entre ses mains, les malheureux n'en auraient pas moins payé, et alors leur argent, au lieu de servir à une œuvre utile, fût certainement allé enrichir quelques croquants impitoyables.

Il recommandait à ses collecteurs d'impôts d'être indulgents, patients, de n'user point trop rigoureusement de leur droit de saisie; mais il ne pouvait cependant être tenu très au courant de leurs faits et gestes.

Le métier de ces collecteurs les endurcissait à la longue. Malgré le soin que Riquet apportait à les choisir, il était souvent trompé sur leur moralité ou leurs procédés envers les débiteurs des gabelles.

Pierre, avec sa familiarité respectueuse, avait souvent fait part à Riquet de ses observations personnelles.