—Vous êtes des nôtres, pas vrai, Pierre? lui demanda résolument un bûcheron. Je vous connais depuis longtemps, je vous ai vu à l'œuvre, vous êtes bon et compatissant. Eh bien! là, ne trouvez vous pas que nous avons assez souffert, et que tout ce train là ne peut pas durer ainsi?
—Que faire, ami Ramondens? répondit Pierre tristement; vous demandiez si je suis des vôtres; certainement, si vous entendez par là que je suis un pauvre ouvrier comme vous. Mais si vous voulez dire que je suis prêt à repousser par la force un état de choses qui me semble comme à vous lourd et horrible à supporter, alors, non, je ne suis pas des vôtres.
Un cri de menace des femmes l'interrompit. Les hommes l'examinèrent avec défiance.
—Non! continua Pierre avec calme, regardant en face ses adversaires, non, je ne suis pas avec vous quand vous songez à vous révolter.
J'estime que ces rébellions ne serviront à rien, nous ne sommes pas en nombre, en force. Que voulez-vous? Le savez-vous bien vous-même? Ne pas payer la gabelle? Cela regarde-t-il le fermier général auquel vous vous attaquez? Il faut aller plus loin, plus haut; c'est aux pieds du roi qu'il faut porter vos plaintes; c'est à lui qu'il faut demander le retrait de cet impôt.
—Le roi! fit Rousse; il est trop loin de nous.
—Il faut attendre alors que nous puissions, nous peuple, nous rapprocher de lui.
—Qui sait! nos fils, nos petits-enfants, peut-être, pourront un jour revendiquer le droit de vie pour notre classe.
En attendant, nous sommes de bonnes gens, obéissant aux lois quelqu'injustes qu'elles nous paraissent, quelque lourd que soit cet impôt qui pèse sur le pauvre monde; et payons ce que nous devons! montrons que nous sommes de bonnes gens!