CHAPITRE TREIZIÈME
Riquet n'était pas d'un caractère à attendre le bonheur ou le danger tranquillement chez lui. Après avoir pris les mesures nécessitées par la simple prudence en cas d'une attaque, après avoir renvoyé Andréossy en hâte à Saint-Fériol, avec des ordres sévères pour les chefs d'ateliers, il plaça ses domestiques derrière les grilles qui donnaient accès au château et attendit.
Mais cette attente d'un danger peut-être imaginaire pesait à son esprit hardi et entreprenant; aussi, au bout de quelques heures, ne voyant pas Pierre revenir lui apporter des nouvelles de Mont-Maur, il résolut de s'y rendre.
Il fit seller un cheval et s'apprêtait à sortir, lorsqu'une fenêtre du château s'ouvrit violemment, sa femme et ses filles apparurent effarées et tremblantes sur le balcon.
—Vous sortez, monsieur? lui cria sa femme.
—Vous nous quittez, papa? s'écrièrent mesdemoiselles de Riquet.
—Ne craignez rien, mes chères, leur répondit Riquet, si le château courait risque d'être attaqué, Pierre serait ici. D'ailleurs qui oserait vous toucher? on n'en veut qu'à moi, je vais savoir pourquoi.
Et il partit sans entendre leurs récriminations.
Lorsqu'il arriva, après sa rencontre avec Germaine, sur le lieu du combat, les paysans avaient le dessous, et si quelques-uns se défendaient encore, ce n'était plus qu'avec mollesse. Des paysans, des bûcherons blessés gisaient à terre; des femmes, leurs jupes pleines de pierres, criblaient encore de loin les soldats, atteignant amis et ennemis de leurs projectiles.
Le sergent ralliait ses hommes, formait son petit détachement en carré, afin de mettre au milieu ses prisonniers.