Nous avons fait le service de la place de Brisach pendant quelque temps. Ceux qui étaient à la ville venaient relever ceux qui étaient dans les villages sur la rive du Rhin, et ceux des villages revenaient à la ville, car la garnison n'était pas bonne. De la paille sur le pavé et des couvertes servaient pour coucher; l'hiver il y faisait froid, et l'été c'était rempli de puces; mais, dans les villages, quoiqu'ils fussent pauvres, on y était encore mieux. Nous étions une compagnie par village selon le service qu'il y avait à faire sur le Rhin.
17 vendémiaire.--Sortis de Baltzenheim pour aller en garnison à Brisach, nous y sommes arrivés à sept heures du matin. On nous a annoncé que l'armée de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin-et-Moselle ne faisaient plus qu'une, qui se nommait armée d'Allemagne, commandée en chef par le citoyen Augereau.
Détails de la fête qui a eu lieu le 30 vendémiaire an VI de la République française. Nous l'avons célébrée à Neuf-Brisach, en l'honneur du général Hoche, un des grands hommes que la République a perdus. Il est mort dans les environs de Paris [58].
Cette fête de reconnaissance a été annoncée la veille par plusieurs décharges d'artillerie; le lendemain 30, à six heures du matin, une décharge d'artillerie s'est faite de quart d'heure en quart d'heure; les cloches de la ville ont été sonnées pendant une heure. À dix heures, les autorités civiles et militaires se sont assemblées et se sont rendues à la maison communale où tout le monde devait se réunir. Quand tout a été prêt, on s'est mis en marche; le cortège était ouvert par un détachement de cavalerie de la garde nationale, ensuite venaient les vieillards rangés sur deux rangs; le premier qui marchait à la tête portait une bannière sur laquelle était écrit: Nos enfants suivront son exemple. Marchaient après eux des jeunes femmes habillées de blanc, un crêpe en écharpe; un petit garçon de sept à huit ans portait une bannière, sur laquelle était écrit: Il était bon père et bon époux.--Après eux marchaient une quantité de jeunes filles de huit à onze ans, aussi habillées de blanc; elles portaient dans leurs mains des guirlandes de laurier et de chêne, et de petites corbeilles remplies de toutes sortes de fleurs. Après venait notre musique qui jouait des airs funèbres; après venait un char de triomphe attelé de deux chevaux gris-souris avec harnachements de deuil; aux quatre coins étaient placés quatre jeunes citoyennes âgées de onze à douze ans, bien mises, coiffées en cheveux, avec une guirlande de roses par dessus; un ruban très large, tricolore, mis en écharpe.
Ces quatre citoyennes portaient chacune une bannière, sur laquelle on avait inscrit: 1e Il allait être le Bonaparte du Rhin; 2e Immortel après sa destinée; 3e Il a inspiré la terreur aux rois.--Son ennemi fuit devant sa vaillance.--Au milieu du char était placé en effigie le cercueil couvert d'un drap mortuaire; dans l'un des bouts était écrit: ici git Hoche. Son portrait était au bas de cet écriteau; au milieu dudit cercueil était placé un chapeau bordé en or, avec le panache tricolore qui est la coiffure de nos généraux. Les coins du drap mortuaire étaient portés par les quatre plus anciens de service, pris parmi les officiers et soldats indistinctement. Les estropiés qui se sont trouvés dans les dépôts, qui étaient à Brisach, suivaient le char. Ensuite, venaient les tambours voilés en noir, qui exécutaient de temps en temps des roulements sombres. Ensuite venaient les généraux, les officiers de la garnison et les autorités civiles; il y avait un détachement de cent hommes faisant la haie, et un détachement de grenadiers qui suivait le cortège sur deux rangs; le reste de la troupe était sans armes.
Après avoir fait le tour de la ville en dedans, tout le cortège a été conduit à l'église; on a placé l'effigie de cercueil sur un autel de la patrie qui avait été préparé, et tout le tour était décoré de larmes. La musique a joué plusieurs airs funèbres. Puis on nous a fait le détail de la manière dont on avait fait l'enterrement à Paris, et comment toutes les communes de la République devaient célébrer une fête de reconnaissance pour le général Hoche. Ce discours fini, les jeunes citoyennes ont chanté plusieurs hymnes funèbres et républicaines. Puis notre chef de demi-brigade a fait un discours où il a rappelé plusieurs traits de bravoure du citoyen Hoche; ensuite la musique a joué à plusieurs reprises, pendant que toutes les jeunes citoyennes porteuses de guirlandes, de couronnes de laurier et de branches de chêne, les déposaient autour du cercueil et par-dessus. Ceci a été exposé plusieurs jours à l'église, et chacun s'est retiré dans ses logements.
Dans le même temps, nous avons appris la paix avec l'empereur. C'était le 5 brumaire (27 octobre), par une lettre venant du Vieux-Brisach, qui avait été envoyée au commandant des troupes autrichiennes qui étaient pour le moment dans la principauté du Margraviat. Cette lettre disait que la paix était faite avec la République française depuis le 17 octobre 1797 [59]. Nous l'avons appris de nouveau par les gazettes qui venaient de Paris le 12 brumaire.
Cette paix nous a été publiée le 25 brumaire (15 novembre), à dix heures du matin, à Neuf-Brisach. On n'a fait aucune réjouissance pour le moment; la fête a été remise au 30 nivôse, elle s'est célébrée avec toute la pompe possible, selon les préparatifs.
1er frimaire.--Partis de Brisach pour nous rendre dans nos cantonnements sur la ligne du Rhin; notre compagnie était toujours à Baltzenheim.
1er nivôse.--Partis de nos cantonnements pour nous rendre à Neuf-Brisach pour relever nos quatre compagnies.