25.--Partis de Brisach, le 25 nivôse, pour nous rendre à Strasbourg, toute la demi-brigade. Nous avons logé en y allant, le 25, à Schelestadt; le 26 à Erstein, le 27 à Strasbourg; là on a reçu des ordres pour aller cantonner dans des villages à trois ou quatre lieues de Strasbourg, sur la gauche; le 28, nous avons été chacun dans les villages qui nous étaient désignés; notre compagnie était à Kirchheim, à trois lieues de Strasbourg.

6 pluviôse.--Sortis de ce village pour aller cantonner au village d'Herrlisheim, sur la route de Lauterbourg. Je remarquerai que c'est le 1er pluviôse qu'on nous a retiré notre viande, quoique nous eussions six décades de prêts arriérés, mais cela n'a pas duré longtemps car nous sommes bientôt rentrés en campagne.

11 pluviôse.--Partis d'Herrlisheim pour aller à Strasbourg. Le lendemain de notre arrivée, le général Schauenbourg a rassemblé les officiers et sous-officiers de plusieurs demi-brigades, et nous a fait faire la grande manoeuvre.

13.--Il est venu des ordres pour marcher vers la Suisse; nous sommes partis tout de suite; nous avons logé à Hüttenheim, près de Benfeld; le 15 à Schlestadt; le 16 à Oberhergheim, village entre Colmar et Ensisheim; le 17 à Baldersheim à une lieue et demi à droite d'Ensisheim, sur la route de Bâle. Le 18 à Rantzwiller, en arrière et près de Sierentz, dans la vallée d'Altkirch; le 19 à Suënaï? village dans la colline du mont Terrible, à trois lieues de Reinach, à droite, et à quatre lieues de Delémont; le 20 à Viques dans la plaine de Delemont; le 21 à Eschert, petit hameau situé à trois lieues de Delemont, et à une demi-lieue de Moutier. Pour arriver dans cette colline, nous avons traversé deux lieues de montagnes de roche à perte de vue. Ces endroits sont habités et forment plusieurs petites communes. On avait donné la liberté à cette vallée quelques mois avant que les Français y aient été cantonnés, ils étaient autrefois alliés avec les Suisses; ils ferment la frontière du canton de Soleure. Cette vallée a aussi appartenu au prince du Porontruy; on y parle un patois que nous comprenions assez. Leurs maisons sont toutes construites en bois, en grande partie; tout leur commerce est en boeufs, vaches, chevaux; ils ont très peu de terres labourables. Comme les hameaux n'étaient pas bien grands, ils logeaient une compagnie.

Nous sommes partis d'Eschert le 3 ventôse pour nous rendre à Moutier, chef-lieu de canton et faisant partie du département du Mont-Terrible; une partie de notre compagnie a été détachée à Belpraon, hameau près de ces cantonnements. Le 5, à huit heures du matin, nous avons été loger à Soncelboz, village où nous avons eu bien de la peine à arriver, car il y avait trois jours qu'il tombait de la neige, et ce jour-là il en est tombé toute la journée, de sorte que nous en avions jusqu'aux genoux. Dans le même village, il y avait deux années de suite que la grêle avait tout ravagé.

8.--Partis pour aller à la Hutte, (tous ces villages sont dans la même vallée, sur la route de Bienne.) En allant à la Hutte, nous avons passé sous la Roche-Percée. La Hutte était le lieu où notre demi-brigade s'est rassemblée avant d'aller attaquer les Suisses. La vallée que nous quittions se nommait l'Erguel; notre colonne en portait le nom jusqu'au moment où elle entrait en Suisse.

Partis de la Hutte le 9 à cinq heures du soir, nous avons suivi la route de Bienne. Nous avons été camper à trois lieues sur la gauche du dit Bienne, entre la route de Bienne et Soleure et à gauche de la rivière nommée l'Aar, à une demi-portée de fusil du village de Lengnau où étaient les avant-postes suisses. Les mesures étaient prises pour attaquer les Suisses à trois heures du matin le 10 ventôse; mais l'attaque n'a pas eu lieu. Les généraux suisses ont fait une demande au général Schauenbourg qui commandait l'armée française en Suisse, de leur accorder une suspension d'attaque pour vingt-quatre heures, et elle a duré jusqu'au 12, lequel jour on les a attaqués.

12 ventôse.--L'attaque a commencé à quatre heures du matin; leurs avant-postes, qui étaient établis au village de Lengnau, ont été enlevés. L'armée, qui était dans le canton, n'a pu résister à l'ardeur de la colonne républicaine: leur artillerie a été enlevée de prime abord; car l'attaque a été vive de notre part. Dans ce combat, plusieurs Suisses ont perdu la vie, et la plus grande partie était des pères de famille: ceux auxquels j'ai parlé, qui n'avaient que la cuisse ou les jambes fracassées, regrettaient les épouses et les enfants qu'ils avaient laissés dans leurs maisons pour venir exposer leur vie sur les frontières.

Notre camp était à trois lieues de la capitale de ce canton, qui est Soleure. Quoique fortifiée, elle s'est vu forcée de se rendre à l'arrivée de notre colonne, sans tirer un coup de canon, quoique ses remparts en soient bien garnis. Nous sommes entrés à Soleure entre dix et onze heures du matin, le 12 ventôse. Nous sommes restés deux bataillons de notre demi-brigade pendant que notre colonne a défilé. Le premier soir nous avons été bivouaquer sur les remparts jusqu'au lendemain à quatre heures du soir, où nous sommes rentrés dans nos logements chez les bourgeois. Nous y avons été reçus on ne peut pas mieux. Notre troisième bataillon a été camper sur la route de Lucerne, près d'un village, à une portée de canon de la ville, pendant que la colonne marchait sur Berne.

Étant dans la ville de Soleure, le général Schauenbourg a fait rendre les armes à tous les bourgeois de la ville et à tous les habitants de ce canton. Il arrivait tous les jours des voitures chargées de fusils, de gibernes et de toutes sortes d'armes, que l'on plaçait dans l'arsenal pour être de suite envoyées en France.