On a trouvé dans cette ville un arsenal assez bien garni de différentes armes, une quantité de bouches à feu en bronze qui avaient été fondues à Strasbourg; beaucoup de belle poudre de deux qualités. Cette ville est assez grande, il y a de belles rues, mais il y a plusieurs hauteurs qui déparent un peu leur beauté. Elle renferme beaucoup de marchands de toutes sortes. La construction des maisons est fort belle et assez élevée.
J'ai remarqué sur la place où nous avons planté l'arbre de la liberté, une horloge dont le cadran portait les douze mois de l'année, et les signes de chacun. Lorsqu'ils arrivaient, la touche se posait dessus, et il y avait un autre petit cadran qui marquait les heures. Au moment où le marteau frappait, il y avait la mort qui tenait une lampe dans sa main gauche, elle faisait un tour et de même remuait la tête. De l'autre côté, il y avait une espèce d'homme, qui avait du repentir, car à chaque coup que le marteau frappait, il frappait un coup sur sa poitrine de sa main droite. C'était un guerrier, car il avait le sabre. Au côté, entre les deux, était un vieillard avec une grande barbe noire; il ouvrait la bouche à chaque coup; et tenait de sa main gauche le bâton royal qu'il balançait de tous les côtés.
La rivière de l'Aar passe Soleure, et la partage en deux parties inégales.
Nous sommes sortis un bataillon de la ville. Comme elle n'était pas assez considérable pour contenir deux bataillons, notre bataillon a été cantonné dans les environs de la ville, dans les villages. C'était le 20 ventôse que chaque compagnie a été prendre les cantonnements qui leur étaient désignés, mais toujours dans le même canton. Je citerai seulement les endroits où je me suis trouvé.
Notre compagnie était cantonnée à Subingen, village à une lieue et demie de Soleure, sur la route qui conduit de Soleure à Lucerne, de l'autre côté de l'Aar. Nous avons changé plusieurs fois de cantonnements, dans le même canton. Sortis de Subingen le 2 germinal pour cantonner au village d'Aschi? et à deux lieues et quart de Soleure.
8 germinal.--Nous sommes partis pour aller cantonner à Langenthal, bourg situé à une demi-lieue des frontières du canton de Lucerne et à dix lieues de Berne. J'ai été voir un couvent de Bernardins qui était sur les frontières du canton de Lucerne, où j'ai parlé un peu du couvent de Clairvaux; il était du même ordre de Citeaux.
Étant dans ce cantonnement, nous avons été à Soleure pour y faire l'exercice à feu. Nous avons couché le 29, en y allant, à Nider-Bipp, village dans le canton de Berne, sur la route de Bâle.
30 germinal.--Nous nous sommes rendus à Soleure; là nous avons fait l'exercice à feu pendant trois heures; nous étions cinq bataillons, de l'artillerie et de la cavalerie; c'était le général Schauenbourg qui commandait. Après l'exercice fini, chacun est retourné volontiers dans ses cantonnements.
6 floréal.--Sortis de Langenthal à six heures du matin pour aller à Zurich, nous avons logé en y allant à Olten, ville dans le canton de Soleure, sur l'Aar, où différentes routes se trouvent pour Bâle, Zurich, etc. Je dirai que lorsque nous sommes entrés dans ce canton, les Suisses avaient brûlé un superbe pont qui traversait l'Aar pour entrer à la ville de Halte; on était à le rétablir lorsque nous y avons logé.
7 floréal.--Partis de Olten à cinq heures du matin, nos fourriers ont été comme de coutume pour nous préparer nos logements. Lorsqu'ils se sont présentés au village désigné pour y loger quatre compagnies, on y était sous les armes et on a dit à nos fourriers de s'en retourner, que la paix n'était pas faite avec eux, et qu'ils ne voulaient pas nous loger.