4.--À Finale, bourg sur le canal de la ville de Modène.

5.--À la Mirandole, petite ville assez bien faite où il y a une belle place.

6.--À Saint-Benedetto, village à cinq lieues de Mantoue.

7.--À Mantoue, belle grande ville très peuplée; elle est environnée de grandes pièces d'eau qui défendent son approche d'une demi-lieue; du côté où l'eau n'est pas d'une aussi grande largeur, il y a de fortes citadelles qui défendent la ville; les alentours de cette place, aussi bien que les forts, sont garnis de nombreux gros canons qui rendent cette ville imprenable, autrement que par la famine. Le fleuve nommé Pô passe dans ses murs, et lui donne quantité d'eau; la construction des maisons est belle, on y trouve de belles places. J'y ai vu un beau pont couvert et construit tout en pierres de taille; il y a sur ce pont sept à huit moulins très bien construits. Cette place appartient à la République cisalpine; elle a été prise par les Français qui étaient commandés par Bonaparte, dans le courant du mois de pluviôse an V.

Le 8, j'ai passé à Villefranche, sur la route de Vérone, où j'ai trouvé notre bataillon, qui était campé à deux lieues et demie de la ville, près de la route. Ils y étaient venus après l'affaire du 6 germinal, auquel jour ce terrible fléau de la guerre s'est rallumé avec l'empereur. Notre division, commandée par Montrichard, a fait son attaque près du village de Legnago, situé sur l'Adige. L'attaque a été vive au premier abord de notre part: il a semblé avant midi que la victoire nous était annoncée; mais, comme le destin ne décide pas en un instant, nous avons vu, vers les trois heures du soir, que nous avions eu affaire à un corps d'armée autrichien qui égalait le nôtre. Sur le soir, un renfort leur est arrivé; c'est à ces derniers, réunis aux premiers, qu'il a fallu céder la victoire qui nous avait été favorable toute la journée. Beaucoup de fossés remplis d'eau nous ont fait éprouver quelques pertes. Je ne dirai pas les pertes des autres corps, j'ai vu celles de mon bataillon qui se montaient à 148 hommes hors de combat, y compris dix officiers et dix sous-officiers. En attendant le siège, nous avons fait plusieurs mouvements à droite et à gauche le long de l'Adige, où le corps d'armée autrichien était bien retranché.

Voilà le 16 germinal arrivé [63]. Vers les dix heures du matin, l'ennemi s'était mis en marche pour nous attaquer; le général en chef donna ordres à toutes nos troupes de se mettre en marche pour de même attaquer l'ennemi, ce qui a été exécuté sur-le-champ. Aussitôt, nous avons rencontré les colonnes autrichiennes; le feu a été vif dans les deux partis; au premier abord, il semblait que notre division allait céder à la force de la colonne autrichienne.

Le soldat n'a pas mesuré sa force sur celles de son ennemi, mais sur son courage: il a mis la colonne ennemie en déroute, en lui faisant quelques cents de prisonniers. Nous les avons poursuivis aux portes de Vérone; mais la retraite des autres divisions nous a bientôt appris que nous devions aussi nous y disposer pendant la nuit, et nous retirer dans les environs de Mantoue, ce qui a été fait dans la nuit du 16 au 17, car un corps considérable de l'armée autrichienne s'avançait pour couper notre retraite au delà de Mantoue.

Nous sommes arrivés à sept milles de Mantoue vers les minuit, dans la nuit du 17 au 18. Sur le croisement de la route qui conduit à Villefranche, le 18, nous avons fait un mouvement pour appuyer à gauche de Mantoue. Nous sommes venus camper près d'une petite ville située sur le Mincio; elle est environnée de fortes positions. Lorsque la garnison de Mantoue a été établie dans ses postes, l'armée s'est mise en mouvement et a passé le Mincio pour aller se montrer dans la plaine où Bonaparte a eu de grands combats, lorsqu'il a fallu cerner la ville de Mantoue. Nous sommes restés dans cette plaine, qui aboutit sur la rive du Mincio, jusqu'à huit heures du soir. C'était la nuit du 20 au 21 que notre colonne a commencé son mouvement pour la retraite, le soir du 21 vers les six heures, par un temps abominable, une pluie continuelle qui ne cessait de tomber et nous traversait jusqu'aux os. Nous avons campé près la petite ville d'Asola; ses alentours sont garnis de bastions qui n'étaient pas entretenus.

22 germinal.--Campé à trois mille de Pontevico; le 24, nous sommes venus camper en avant de cette petite ville, située sur le bord de la rivière nommée Oglio, sur la route de Brescia et Milan. Dans ce moment, nous étions d'arrière-garde; nous avons coupé les routes pour empêcher la colonne autrichienne de nous poursuivre de si près.

25.--Nous avons passé l'Oglio sur un pont levis qui était au bas d'une ancienne citadelle: les troupes et les bagages passés, on a démonté le pont en le faisant glisser dans l'eau. Ce jour-là, nous sommes venus au village de Rodierco, situé sur l'Oglio et à un mille de Pontevico, sur la grande route de Milan. La nuit du 25 au 26, nous nous sommes mis en marche et nous sommes arrivés à Palazzolo le 26 au soir. Il faut observer que la colonne autrichienne prenait des détours et suivait les montagnes de la Suisse italienne et ne cherchait qu'à nous couper notre retraite.