28.--Nous avons fait un mouvement en avant de Palazzolo, à six mille dans les montagnes, près le lac d'Iseo.
29.--Nous sommes revenus à Palazzolo; le 30, nous en sommes repartis pour nous former sur la ligne en bataille, en avant dudit lieu. Le général en chef Scherer nous a passés en revue. Nous avons passé la nuit dans ce même emplacement. Je dirai que la Ville de Palazzolo est située sur l'Oglio et sur la grande route de Brescia. En partant, les ponts ont été coupés et renversés dans la rivière.
2 floréal.--Nous avons fait un mouvement pour nous retirer en arrière de Palazzolo, où nous avons campé, sur les bords de l'Oglio; nos avant-postes ont eu quelques petites affaires avec l'ennemi, qui s'est venu présenter pour passer le pont où étaient nos canonniers, pour le faire sauter par des mines; on est parvenu à le faire sauter vers les dix heures du matin.
La nuit du 4 au 5, à neuf heures du soir, notre division, qui était celle du général Serrurier, s'est mise en marche et a été dirigée vers la ville de Bergame. Nous avons passé une nuit affreuse dans l'eau et la boue jusqu'aux genoux, et, pour la faire complète, une pluie continuelle nous arrosait. Nous sommes passés dans la ville de Bergame, à onze heures du matin, le 3. Cette ville est très considérable, belle et riche: on y construisait une fort belle place; elle est divisée en ville haute et ville basse. La ville haute est fortifiée et a de fort belles positions dans ses environs, sur des hauteurs considérables. Notre division ne s'y est point arrêtée; une partie soutenait l'arrière-garde, qui était suivie [64] des troupes russes. Le même jour, notre colonne a continué sa marche jusqu'à cinq heures du soir; nous sommes arrivés sur le bord du lac, où nous avons passé la nuit dans des espèces de petits hameaux environnés de montagnes fort hautes.
Le lendemain 6 courant, à quatre heures du matin, nous avons repris notre marche vers le pont de Lecco, et toujours suivis de près par l'avant-garde ennemie. La ville de Lecco est environnée de rochers très hauts; elle est située sur le bord du lac. Notre division a passé le pont le jour où l'ennemi y est arrivé. Une partie de notre division a gardé la tête du pont, et l'autre partie s'est étendue sur les bords de la rivière, pour correspondre avec la division du général Delmas; notre bataillon était de cette partie; nous tenions dans ce moment la droite de la division. Nous sommes venus prendre notre position, la nuit du 6 au 7, à Vaprio, où nous sommes arrivés à onze heures du matin. Cette ville est située sur le bord de la rivière nommée l'Adda; elle est forte par sa position: il y avait un pont volant établi qu'on a fait couler à fond lorsqu'on a quitté la rivière.
Vers les deux heures de l'après-midi, une colonne assez considérable de l'armée autrichienne a fait un mouvement pour se disposer à passer la rivière pendant la nuit, ce qui leur a été facile, car la rivière n'était presque pas gardée. Vers les quatre heures du matin, comme notre bataillon était à bivouaquer dans un village à une lieue et demie de Vaprio, une ordonnance est venue dire au général qui commandait ce poste, que l'armée autrichienne avait passé la rivière [65] toute la nuit et dirigeait sa marche sur Milan. Aussitôt, il nous fut ordonné de nous retirer sur Vaprio, pour nous joindre à la division du général Delmas, en laissant de distance en distance des compagnies en échelons; jusqu'à ce que nous avons trouvé une route de Vaprio à Milan, qui était déjà coupée par l'ennemi. Le combat s'est aussitôt engagé sur la rive gauche de l'Adda, dans les environs de Vaprio et Casale; il a été opiniâtre des deux côtés. Le général Delmas est venu ordonner aux bataillons qui soutenaient l'attaque, qui étaient les nôtres et un de la 3e demi-brigade, de foncer sur l'ennemi, et il a dit que sa division allait arriver pour nous soutenir. Aussitôt l'ordre donné, les deux bataillons se sont mis en marche pour l'exécution; dans l'instant la victoire nous a souri en leur faisant environ deux cents hommes prisonniers; mais, dans le même moment, un renfort considérable leur étant arrivé, ils ont forcé le bataillon qui était à notre droite, sur le bord de la rivière, et ils n'ont pas tardé à prendre le nôtre par le flanc et le front. Dans ces démêlés plus chauds qu'à l'ordinaire, j'ai reçu une balle qui m'a traversé l'avant-bras gauche et m'a mis hors de combat, d'où je me suis tiré avec beaucoup de peine, car nous étions pris de tous les côtés.
Mais la division est arrivée dans ce moment et nous a donné du large; la journée est devenue terrible aux deux partis. Dans un moment où la division Delmas a donné, elle a repoussé l'ennemi à la tête du pont; il y avait un village où l'ennemi était retranché dans les murs des jardins et nos gens étaient tout autour; l'ennemi voyant qu'il ne pouvait plus tirer à cause de la hauteur des murs, prit les pierres des murs pour les jeter sur la tête des Français, mais l'ardeur républicaine qui bouillait dans les veines des soldats, ne souffrit pas longtemps l'insulte des Allemands; aussitôt entrés dans le village la baïonnette en avant, ils en renversèrent une grande quantité et firent sept cents prisonniers. Les rues du village ont été ce jour-là abreuvées du sang des Allemands, car le sang ruisselait dans lesdites rues, comme lorsqu'il tombe un orage.
Le combat n'a cessé que lorsque la nuit a tendu ses voiles dans les environs où il avait commencé. Mais on s'est retiré sur Milan; la ville de Casale en est encore à sept lieues et une partie des blessés a été obligée de suivre la colonne; les routes étaient interceptées. Nous sommes arrivés dans les environ de minuit à Milan, du 8 au 9. La colonne a passé à Milan entre huit et neuf heures du matin, le 9. Quoique nos plaies n'aient point été pansées et que la marche nous fît de grandes douleurs nous avions préféré suivre notre colonne qui venait sur les bords du Tessin que de nous voir prendre prisonniers par des troupes inhumaines. Il n'est resté que de la troupe au château de Milan.
C'est sur les bords du Tessin que j'ai quitté avec regret mes compagnons de misère, mais ma blessure le demandait. J'ai laissé en partant, après trois batailles, un fourrier, un caporal et six fusiliers, dans une compagnie qui était, le 6 germinal, composée de cent dix hommes.
Notre armée de Mantoue est obligée, par une force supérieure d'ennemis, d'évacuer cette partie de l'Italie, et de se retirer sur les villes fortes du Piémont. Les hôpitaux n'étant plus assez considérables pour contenir tous les blessés, il faut donc rentrer en France.