[Note 10: ] [(retour) ] Allusion à la fameuse ronde révolutionnaire dite: carmagnole. On la retrouve à la page du 7 octobre.

[Note 11: ] [(retour) ] Le propos a été en effet attribué au prince de Cobourg, qui commandait alors l'armée assiégeante.

[Note 12: ] [(retour) ] Échanger des coups de fusil.

[Note 13: ] [(retour) ] Le maréchal Soult donne les détails suivants sur le combat de Grandreng. «L'échec éprouvé par la colonne du centre rendit inutile le mouvement du général Mayer sur Haulchin, et permit au prince de Kaunitz de marcher au soutien de sa droite, à Grandreng, en dégarnissant sa gauche. Le général Déjardins avait déjà enlevé quelques redoutes, et il pénétrait dans le village, quand tout à coup ses deux divisions sont elles-mêmes assaillies et débordées par la cavalerie autrichienne. Elles font, avec l'appui da la brigade Duhesme, un dernier effort pour rentrer à Grandreng; mais elles échouent de nouveau et sont obligées de précipiter leur retraite pour repasser la Sambre, malgré l'appui qu'elles reçoivent de la réserve de cavalerie. Le général autrichien acquit l'honneur de cette journée en rendant ses forces mobiles, de la gauche au centre, et du centre à la droite, où il prit successivement la supériorité. Ses pertes furent beaucoup moindres que celles des Français, qui sacrifièrent plus de quatre mille hommes et douze pièces de canons.»

[Note 14: ] [(retour) ] «Les revers du 13 avaient irrité les représentants sans les éclairer; ils ordonneront un nouveau passage, mais les opérations, encore plus mal dirigées que la première fois, eurent pour résultat des pertes beaucoup plus grandes. (SOULT.)

[Note 15: ] [(retour) ] Le maréchal Soult dit ici: «Il faut aussi admirer la docilité des troupes, qu'aucun revers ne put abattre, et déplorer que, soumises à la tyrannique autorité des représentants, elles n'aient point eu à leur tête des chefs dignes de les diriger. Depuis quinze jours, les corps qui étaient sur la Sambre avaient perdu plus de quinze mille hommes et la moitié de leur matériel; les soldats manquaient de vivres et avaient le plus grand besoin de repos. Les généraux en firent la demande à Saint-Just; dans le conseil, Kléber fit observer qu'on allait voir arriver, avant dix jours, l'armée de la Moselle, dont nous parlerons bientôt, et qu'il n'y avait qu'à l'attendre, en s'occupant de réparer les pertes de l'armée, pour reprendre alors les opérations avec d'autant plus de vigueur. Mais l'implacable Saint-Just ne voulut rien accorder, à peine daigna-t-il répondre: Il faut demain une victoire de la République. Choisissez entre un siège ou une bataille. Il fallait choisir, on marcha, le 26 mai, sur Charleroi.

Malgré les succès qu'il venait de remporter, le prince de Kaunitz avait été remplacé par le prince d'Orange dans le commandement. Les troupes alliées étaient sur la Sambre, pour en défendre le passage; elles occupaient en outre, au-dessus de Marchiennes-au-Pont, le camp retranché de la Tombe, qui couvrait Charleroi. Kléber et Marceau étaient chargés de l'attaquer, et le général Fromentin d'emporter le pont de Lernes. Ces deux attaques manquèrent par l'excessive fatigue des troupes, qui montrèrent de l'hésitation et restèrent exposées au feu le plus vif, plutôt que d'avancer. À la nuit, les ennemis évacuèrent cependant le camp, en ne laissant dans Marchiennes qu'un poste fortifié.» (SOULT.)

--Ce dernier alinéa explique comment notre sergent va parler de retraite après avoir parlé d'une victoire qui était sans doute un avantage partiel sans résultat sur l'ensemble de la journée.

[Note 16: ] [(retour) ] Chiffre singulièrement exagéré. Soult rapporte un triste épisode du siège: «Le colonel Marescot dirigeait les opérations du génie, sous les yeux des généraux Jourdan et Hutry; on avait un équipage d'artillerie suffisant et les représentants Saint-Just et Lebas se tenaient au pied de la tranchée pour presser les travaux. Un jour, ils visitaient l'emplacement d'une batterie que l'on venait de tracer: «À quelle heure sera-t-elle finie?» demanda Saint-Just au capitaine chargé de la faire exécuter.--Cela dépend du nombre d'ouvriers qu'on me donnera, mais on y travaillera sans relâche, répond l'officier.--Si demain, à six heures, elle n'est pas en état de faire feu, ta tête tombera!...» Dans ce court délai, il était impossible que l'ouvrage fût terminé; on y mit cependant autant d'hommes que l'espace pouvait en contenir. Il n'était pas entièrement fini, lorsque l'heure fatale sonna. Saint-Just tint son horrible promesse: le capitaine d'artillerie fut immédiatement arrêté et envoyé à la mort, car l'échafaud marchait à la suite des féroces représentants. Si nous n'avions pas remporté la victoire, la plupart de nos chefs auraient subi le même sort. Nous apprîmes plus tard que Saint-Just avait porté sur une liste de proscription plusieurs généraux de l'armée, et qu'il m'y avait compris, quoique je ne fusse encore que colonel.--Jourdan devait être sacrifié le premier; il avait remplacé Hoche dans le commandement, et il avait, comme lui, encouru la haine du représentant par la courageuse résistance qu'il opposait à ses volontés, lorsque la présomptueuse ignorance de Saint-Just prétendait diriger les opérations militaires. (SOULT.)

[Note 17: ] [(retour) ] Le maréchal Soult complète ainsi le récit de cette journée. «Il était sept heures du soir. Depuis quelques moments, le combat avait cessé aux ailes; on le laissa finir au centre sans poursuivre les ennemis. Épuisés de fatigue et de besoin, les soldats pouvaient à peine se tenir debout, et ils manquaient aussi de munitions. Il n'y avait aucune possibilité de continuer la poursuite, quelques avantages qu'on eût pu recueillir; officiers et soldats, tous s'écriaient: «Un pont d'or à l'ennemi qui s'en va!» et l'on donna aux troupes un repos indispensable.

Le lendemain, il n'y eut point de mouvement; il fallait se remettre d'une pareille journée et ramasser les débris qui couvraient le champ de bataille. On compta les pertes; les nôtres s'élevèrent à près de cinq mille hommes hors de combat, et, par le nombre des morts, on évalua celles de l'ennemi à plus de sept mille hommes; de part et d'autre il n'y eut que peu de prisonniers. Parmi ceux que nous fîmes, il se trouva des Français, faisant partie du régiment Royal-Allemand et de celui de Berching-hussard, auxquels la loi rendue contre les émigrés pris les armes à la main était applicable. Pas un soldat n'eut la pensée qu'il fût possible de livrer à l'échafaud ceux que nous venions de combattre face à face. Pendant la nuit, nous leur facilitâmes les moyens de s'échapper, en nous bornant à leur dire qu'ils fussent ailleurs expier l'erreur de s'être armés contre leur patrie; plusieurs revinrent plus tard se placer dans nos rangs. On a sauvé ainsi dans le cours de la guerre, un grand nombre de Français qui étaient dans le même cas, et ils ont reçu parmi nous protection et avancement; beaucoup d'entre eux ont ainsi obtenu d'être éliminés de la liste fatale et de rentrer dans leurs biens confisqués. Nous devons croire qu'ils en ont conservé de la reconnaissance.»

[Note 18: ] [(retour) ] Ceci est bien confirmé par le récit du maréchal Soult: «Dans nos rangs, l'enthousiasme allait croissant avec le danger; depuis le commencement de l'action, et pendant toute sa durée, le cri de ralliement de l'avant-garde fut toujours: «Point de retraite aujourd'hui, point de retraite!» Aussi, tout ce qui vint se heurter contre elle fut-il brisé. Environnée de sanglants débris, son camp en flammes, la plupart de ses canons démontés, ses caissons faisant explosion à tout moment, des monceaux de cadavres comblant les retranchements, les attaques les plus vives sans cesse renouvelées, rien n'était capable de l'intimider, pas même l'incendie de la campagne qui nous environnait de toutes parts. Les champs, couverts de blé en maturité, avaient été enflammés par notre feu et par celui de l'ennemi; on ne savait où se placer pour l'éviter; mais nous étions bien déterminés à ne sortir que victorieux de ce volcan.»

Le courage des chefs avait, sur plus d'un point, seul pu maintenir les troupes, comme le montre bien cet autre passage:

«Avant six heures du matin, les alliés avaient fait des progrès, et les divisions des Ardennes repassaient la Sambre, dans un complet désordre, aux ponts de Tamine et Ternier, laissant leur général garder seul, avec ses officiers et quelques ordonnances, la position qu'elles venaient de quitter. J'avais été envoyé par le général Lefebvre, pour m'assurer de l'état de notre droite, et pourvoir aux dispositions que les circonstances exigeraient. Je joignis Marceau entre les bois de Lépinoy et le hameau du Boulet, au moment où les ennemis allaient l'entourer. Il les défiait, et dans son désespoir, il voulait se faire tuer, pour effacer la honte de ses troupes. Je l'arrêtai: «Tu veux mourir, lui dis-je, et tes soldats se déshonorent: vas les chercher et reviens vaincre avec eux! En attendant, nous garderons la position à droite de Lambusart.--Oui, je t'entends, s'écrie Marceau, c'est le chemin de l'honneur! J'y cours; avant peu je serai à vos côtés. Deux heures après, il avait ramené les plus braves, et il prenait part à nos succès.»--Ces extraits donnent une idée de la phraséologie du temps; on employait volontiers les grands mots dont on se moque aujourd'hui, mais les actes aussi étaient grands, ce que les moqueurs ne doivent pas non plus oublier.

[Note 19: ] [(retour) ] Cette image poétique aurait lieu de surprendre si on ne se reportait aux chansons populaires d'autrefois où la mythologie jouait toujours un grand rôle.