François se tenait assis devant le bureau de sa mère, classant des lettres, rangeant de menus objets. En me voyant, il se leva.

« Oh ! dit-il à voix basse, vous êtes venue vous-même… déjà !… Alors… c’est non, n’est-ce pas ? »

Il était d’une pâleur mortelle ; pourtant je compris que je n’avais plus devant moi le pauvre être désemparé de la veille, mais un homme qui pouvait souffrir — et qui s’y attendait. Je joignis les mains dans un geste instinctif de supplication.

« C’est impossible, François… impossible !… Je n’aurais pas dû vous promettre… ce serait une infamie ; Philippe serait trop malheureux… Et il le mérite si peu ! Il est si bon — si bon et si confiant !… Malgré tout ce que vous pouvez croire, il n’est pas préparé… il ne s’attend pas… C’est vrai que je n’ai pas été très gentille avec lui, ces derniers temps… pourtant il… il m’aime toujours, il croit en moi… il ne soupçonne rien de grave… Et moi !… C’est déjà trop de vous avoir écouté… Ce que vous me demandiez — lui dire brutalement… ou bien partir, l’abandonner… ce serait trop cruel, trop injuste… je ne peux pas — je vous assure que je ne peux pas… Et puis, il y a papa… Il ne se doute de rien ; il aime Philippe comme un fils. Ce serait un tel coup pour lui, si, vous saviez !… Et il faudrait le quitter, lui aussi… il n’a plus que moi, il n’est plus jeune… J’aurais dû comprendre cela tout de suite, vous dire non… ne pas vous laisser croire… »

François secoua tristement la tête.

« Je n’y croyais pas… Non — même quand je vous parlais, même quand vous m’avez promis d’essayer, je n’y croyais pas, parce que, voyez-vous, je sentais bien que c’était mal — très mal… Je le sentais confusément… je ne pouvais plus penser : cette journée atroce, cette longue insomnie… j’étais fou, j’avais la fièvre… Mais cette nuit, j’ai dormi — oui, comme une masse, comme une brute… Et quand je me suis réveillé, seul ici pour la première fois… quand je suis entré dans cette chambre… »

Il promena autour de lui un regard désolé.

« Car il y a quelqu’un dont vous ne me parlez pas, Geneviève… Pour la laisser mourir tranquille, je lui avais menti… c’était presque un serment, mon mensonge… Vous y avez pensé aussi, n’est-ce pas ? »

Une fois de plus, nous nous étions compris.

« Oui, dis-je ; j’y ai pensé… Et vous savez bien que vous n’auriez jamais songé à me proposer une pareille chose, si… si elle était encore là… »