Il frissonna et, sourdement…

« Non, c’est vrai… c’est horrible… c’est comme si j’avais voulu profiter de sa mort… Et pourtant, malgré tout… si vous aviez été moins loyale, moins bonne… si vous vous étiez décidée à parler, à rompre… j’aurais été assez lâche, je crois, pour accepter le fait accompli… Les hommes sont ainsi, Geneviève. »

Sa voix s’était troublée. Devais-je donc être plus forte que lui ?

« Mais, repris-je avec angoisse, cette vie dont vous parliez n’était pas possible… Songez donc à tout ce qu’il aurait fallu détruire autour de nous… Moi, je ne peux pas vous expliquer… Faire du mal à Philippe… il m’aurait semblé que nous nous mettions à deux pour frapper un enfant… Nous nous serions fait l’effet de deux complices… nous n’aurions pas été heureux… »

Il m’écoutait, les yeux fixés, là-bas, au fond de la chambre, sur le lit de sa mère — vide de ce vide muet et glacé des choses mortes.

« Non, peut-être, dit-il lentement ; pas très heureux… »

Et je sentis dans son accent un regret si poignant de cette ombre de bonheur — comparée à ce qui lui restait — que des larmes me brûlèrent les paupières.

« D’ailleurs, poursuivit-il d’un ton morne, à quoi bon parler de ces choses… puisque j’étais sûr d’avance que vous y renonceriez de vous-même… que vous ne pourriez même pas essayer de faire le mal… »

Je n’avais pas le droit de me laisser juger ainsi.

« François, murmurai-je humblement, vous me croyez meilleure que je ne suis… j’ai essayé. Je voulais m’en aller aujourd’hui même, me réfugier chez papa… et j’ai écrit une lettre pour Philippe… Je l’ai déchirée, mais je l’avais écrite… une lettre si dure, si méchante !… »