Un grand choc le secoua : il vint à moi, passionnément.
« Vous avez fait cela… vous !… Oh ! vous ne deviez pas… vous aviez tort… mais… c’est trop doux… trop doux et trop amer de penser que, pour moi… Chère petite… chère petite… »
Sur son visage bouleversé, une sorte de joie luttait avec la honte.
« Je suis bien coupable, Geneviève : j’aurais dû avoir le courage de disparaître de votre vie sans rien dire… Vous ne pourrez plus penser à moi sans remords, et moi je ne me pardonnerai jamais… »
Je m’étais assise, accablée par une immense lassitude. Il me contempla avec douleur.
« Comme vous êtes pâle ! Quelle pauvre petite figure malheureuse… Dire que c’est moi qui suis cause que vous souffrez… moi qui aurais voulu vous épargner jusqu’à l’apparence d’un chagrin… Oh ! je ne peux pas… je ne peux pas supporter cela… Je partirai ; je dois partir… Ç’avait été ma première pensée, quand je me suis trouvé seul… j’avais tout combiné, avant cet accès de démence… Et depuis ce matin… »
De nouveau, son regard parcourut les objets familiers qui l’entouraient ; il revint au bureau, feuilleta une liasse de papiers jaunis.
« Voyez, je prenais congé du passé… je remuais de vieux souvenirs… toute une correspondance échangée entre mes parents… Ah ! ils se sont bien profondément aimés !… Mon père est mort jeune, mais je ne le plains pas… On donnerait vingt ans de sa vie pour recevoir de pareilles lettres… »
Un moment il rêva, sans paraître se rappeler ma présence. Une peine sourde, immense, montait en moi.
« Vous voulez partir, François ?… »