Avec quelle bonhomie le brave garçon avouait son petit sacrifice ! Mme Chardin en fut touchée ; mais elle semblait surtout préoccupée de « distraire » son neveu : on voyait qu’elle n’avait pas encore perdu l’habitude de le traiter comme un enfant. Elle me proposa de chanter « pour remplacer la cigarette », disait-elle.
Et tout de suite le bon Philippe prit feu à cette idée.
« Je vous en prie, mademoiselle… J’aime tant la musique ! Les mélodies de Gounod, surtout… »
J’aurais préféré du Schumann… Mais Mme Chardin avait déjà ouvert un cahier et attaquait une ritournelle, au hasard. Docilement je commençai :
Ah ! si vous saviez comme on pleure…
Je chantais mal, sans entrain. Philippe Noizelles était assis derrière moi et je ne pouvais pas le voir ; seulement, de temps à autre, je l’entendais pousser de petits soupirs.
Vous entreriez peut-être même
Tout simplement…
Mon auditeur demeurait plus muet qu’une carpe. Un peu surprise de ce silence inusité, je me tournai vers lui et je restai confondue. Immobile, le regard fixe et — Dieu me pardonne ! — les larmes aux yeux, il semblait pétrifié par l’extase.
« Mademoiselle… oh ! mademoiselle !… Vous avez une voix délicieuse… Comme c’est joli, cette musique !… Voulez-vous être très bonne, et m’en chanter encore ?… »