« Ah ! fis-je à demi-voix, tu entends ?… »

Il avait tiré sa montre et la remettait à l’heure avec soin.

« Oui, j’entends… Les cloches sonnent à sept heures : je retardais de huit minutes… »

Pauvre Philippe !… Je vois encore sa main un peu courte, aux doigts agiles de mécanicien, maniant délicatement le petit remontoir d’or, tandis qu’au-dessous de nous, les sons retombaient en s’éteignant, un à un, comme des oiseaux qui se posent…

Nous devions revenir sans nous presser, en passant par les lacs. A Lugano, Philippe trouva une lettre de sa tante — de tante Lydie : que ce nom de vieux pastel lui allait bien ! Nous parlions souvent d’elle, et mon mari me disait les soins maternels dont elle l’avait entouré pendant les années où, orphelin de sa mère — la propre sœur de Mme Chardin — un peu négligé par son père, dont la vie de gros industriel lillois absorbait sans doute les facultés affectives, il s’était trouvé, pauvre petit garçon riche, jeté entre les quatre murs d’un grand lycée parisien.

« Je passais tous mes dimanches chez elle, et tu ne peux pas te figurer ce qu’elle a été pour moi — elle et François, d’ailleurs… ils sont aussi bons l’un que l’autre… Le voilà qui revient, François ; il doit arriver ces jours-ci… Et dis donc, c’est lui qui va être surpris !… Depuis deux mois qu’il était toujours en route, et que sa mère et lui ne correspondaient que par dépêches, il a dû apprendre mon mariage en arrivant… En voilà une nouvelle ! Lui qui m’appelait toujours « le gosse »… Il a sept ans de plus que moi, tu sais, et il est joliment plus fort en toutes choses… Mais c’est égal, maintenant, je ne changerais pas avec lui !… »

Sa main serrait tendrement mon bras, ses yeux gris me souriaient, pleins d’amour et de confiance. Je le sentis très bon, fier de moi, passionnément dévoué. Et je pensai : « Comme il m’aime ! » Moi aussi, je l’aimais bien…

Ce fut le lendemain de notre retour que je fis la connaissance de mon cousin François.

Ma première soirée, soirée d’émotions heureuses et de réminiscences enfantines, avait été consacrée à papa ; tante Lydie, toujours discrète, s’était réservé la seconde. J’éprouvai un singulier plaisir à revoir la maison de la rue Barbet-de-Jouy ; avais-je donc, à mon insu, laissé un peu de moi-même derrière ces murs, encore étrangers l’année précédente ? Quand Perrine nous ouvrit la porte, je faillis lui sauter au cou, et j’entrai impétueusement dans le salon, toute à la joie de retrouver ma vieille amie. D’abord je ne vis qu’elle — sa figure blanche, aux cheveux blancs, qui me souriait du fond de la bergère — et ce fut seulement après l’avoir embrassée que je songeai à relever la tête. Un grand garçon, debout près de la cheminée, fixait sur nous des yeux tranquilles.

« Bonjour, gosse », dit-il à Philippe qui s’avançait vers lui, les mains tendues. Et bien vite, avec un geste d’excuse :