Qu’est-il arrivé ? Un accident bête, le choc brusque d’une voiture — de ce fameux coupé de louage que j’aimais tant… Je me retrouve dans mon lit, après des jours de souffrances aiguës, et plusieurs semaines pendant lesquelles ma vie n’a tenu qu’à un fil. Maintenant je vais mieux ; mais je sais qu’il faut renoncer pour cette fois à mon rêve de maternité, et je me sens triste à mourir. Des visages amis m’entourent ; Julie promène par la chambre sa bonne figure impassible et grêlée ; derrière ce front placide, je devine un regret inexprimé, et pour cela, j’aime ma vieille bonne un peu plus qu’avant. Papa et Philippe ne pensent qu’à moi ; ils ont passé par d’affreuses angoisses, et ils sont si heureux de me voir guérie qu’ils n’en demandent pas davantage. Tante Lydie arrive, tout oppressée, mais tendre comme autrefois, et aussi le docteur Garnier, rose et frais, avec sa belle tête de lion aimable sur son corps puissant de Breton.
« Pauvre gamine » ! fait-il en me caressant la joue. Il est venu pour rencontrer le grand spécialiste qui m’a soignée.
La visite est longue, l’examen minutieux ; les deux médecins sont d’avis que tout va pour le mieux et que je pourrai me lever dans quelques jours. Malgré ces paroles rassurantes, je leur trouve un air apitoyé qui n’est pas naturel. Philippe les a reconduits et cause longuement avec eux.
« Qu’est-ce qu’ils disent, Julie ? Va écouter ce qu’ils disent, je t’en prie… »
L’honnête Julie garde un silence désapprobateur et me borde soigneusement dans mon lit où je m’agite beaucoup trop. Enfin, voilà Philippe ! Il est un peu pâle, mais ses yeux me sourient sans effort. Tout de suite, je l’interroge, anxieuse.
« Pourquoi avez-vous tant parlé dans l’antichambre ? Est-ce que les médecins sont inquiets, dis ?… Est-ce qu’ils me trouvent plus malade ? »
Un étonnement sincère se peint dans le bon regard ému.
« Plus malade ? Quelle idée !… Mais tu es guérie, bien guérie. Garnier m’a encore répété que tu te lèverais jeudi… Ils ne doivent plus revenir, ainsi !…
— Alors pourquoi me plaignent-ils ? Je vois bien qu’ils me plaignent… Est-ce que… ils pensent peut-être que je ne pourrai plus avoir de bébé ?… »