« Comment, s’écria-t-il, vous connaissez ça aussi ?… »
Ça, c’était une traduction récente de Sacountâlâ, à propos de laquelle papa, peu documenté d’ailleurs, demandait quelques éclaircissements.
« C’est renversant ! répétait Philippe. Que mon vieux savant de cousin s’occupe de littérature hindoue… rien de plus naturel. Mais vous, un bureaucrate, un financier !… Vous ne m’aviez jamais dit que vous vous intéressiez à ces choses-là… »
Papa se mit à rire.
« Mon bon Philippe, vous ne me l’avez jamais demandé… »
Un peu honteuse, je l’avoue, des étonnements sans fin où se plongeait mon mari, je regardai François à la dérobée, guettant sur son visage quelque sourire involontaire qui m’eût blessée au point le plus sensible de mon amour-propre conjugal. Mais non : il restait impassible — habitué peut-être à de pareilles boutades — et même, quand il parla, je crus m’apercevoir qu’il s’efforçait d’amener la conversation sur un terrain plus concret… Cinq minutes après, les dieux de l’Olympe bouddhique avaient déserté l’ombrage du catalpa et Philippe racontait comment il venait d’obtenir, non sans peine, un permis du Ministre de la Guerre pour visiter, à Fontainebleau, le Polygone de tir et l’École d’application…
Vers cinq heures, quelques gros nuages, tempérant un peu l’ardeur du soleil, nous permirent de reconduire François à la gare. Il marchait près de moi, la tête basse, de nouveau sérieux et presque triste. Je ne pus m’empêcher de lui montrer que je compatissais à son angoisse secrète.
« Vous êtes inquiet, n’est-ce pas ?… Inquiet à cause de ma tante ?… »
Tout de suite il parla, comme malgré lui.
« Oui, depuis mon retour… j’ai eu un tel coup en la revoyant, si vous saviez !… un tel remords de l’avoir laissée… Est-ce que vous la trouvez aussi… Est-ce que vous croyez ?… »