Il n’osait formuler sa pensée. De vagues paroles m’échappèrent, qui devaient sonner bien faux, car je le vis secouer la tête.
« Non, vous n’êtes pas sincère… Mais je ne veux plus voyager, au moins de longtemps… Cet hiver je resterai près d’elle : j’ai assez de documents maintenant pour rédiger ma thèse…
— Alors nous reprendrons nos mercredis ? fis-je, soudain joyeuse. »
Il hésita un moment.
« Pas tous… à cause de ma mère, vous comprenez… Elle sortira de moins en moins… Pourtant j’irai chez vous quelquefois, quand vous voudrez bien de moi… J’aime à voir des gens heureux… »
Ce dernier mot me frappa : toujours le bonheur des autres ! François, moins égoïste que moi, paraissait résigné à s’en contenter. De nouveau ma pensée se reporta vers les Debray.
« Des gens heureux ? Je vous en montrerai la semaine prochaine, si vous revenez ici… En attendant, vous n’avez qu’à vous retourner pour regarder Philippe… »
Le bon rire de mon mari résonnait à quelques pas derrière nous. Mais François ne se retourna pas ; il fixa sur moi ses yeux devenus très graves.
« Philippe… et vous, je pense ?… » insista-t-il.
Je me sentis rougir. Qu’allait-il croire ? Comment avais-je pu lui laisser supposer un instant que je n’étais pas heureuse ?… Et tandis que j’hésitais à répondre, j’eus l’impression subite que mon silence même semblait parler pour moi, et qu’il était déjà trop tard pour le détromper…