« A mon cher maître et ami, son élève reconnaissant.

« G. N. »

« Bravo ! Parfait ! approuva Philippe qui pouffait de rire derrière moi. Comme cela, personne ne pourra soupçonner que le traducteur n’est pas un petit jeune homme… »

François lut de tout près, sans lorgnon, les mots que je venais de tracer ; son regard, quand il le forçait ainsi, semblait toujours un peu étrange… Puis, après s’être assuré que l’encre était bien sèche, il referma doucement le volume, le glissa dans la poche de sa jaquette, prit congé de nous et s’en alla… Alors seulement, je m’aperçus qu’il avait oublié de me dire merci.

X

L’été qui suivit s’organisa d’une façon à la fois imprévue et monotone. L’associé de Philippe, malade depuis près d’un an, avait fini par mourir, laissant des enfants mineurs, une veuve inhabile aux affaires et un frère, ingénieur capable et expérimenté, mais dont l’intronisation comme codirecteur offrait quelque difficulté, à cause de son caractère entier, peu sympathique au personnel. Philippe, sans cesse appelé à l’usine pour discuter ces questions délicates, dut abandonner momentanément la partie commerciale et administrative qu’il s’était réservée. Il confia ses bureaux de Paris à un vieil employé blanchi sous le harnais et m’emmena passer les mois de vacances à Saint-Maurice-Lille — dans cette grande maison où son père était né — tout contrit, le pauvre garçon, de m’offrir une si triste campagne et une atmosphère si enfumée.

« Tu sais, me proposa-t-il quelques jours avant notre départ, si tu préfères aller en Bretagne avec les Debray, tu es libre… »

Je souris, touchée de son abnégation, et, refoulant de mon mieux le gros soupir qui me montait aux lèvres :

« Comment peux-tu croire, dis-je, que je voudrais te quitter pendant si longtemps ? Puisque je n’ai pas de cure d’air à faire cette année, profitons-en pour ne pas nous séparer… »

Ses bons yeux, où j’avais vu passer l’effroi candide de me voir accepter son offre, s’éclairèrent d’une gratitude infinie.